L’Église appelle les jeunes à vivre dans la sanctification, mais peine à parler ouvertement de sexualité et surtout du désir. Un silence qui pèse, culpabilise et pousse beaucoup à vivre dans le secret et la honte. Pourtant, le désir sexuel existe bel et bien, y compris chez les chrétiens. Faut-il se taire pour préserver l’image ou parler pour libérer les âmes ? Quand la foi rencontre la biologie, le malaise commence.
Dans de nombreuses églises, la sexualité est un sujet sensible, limite interdit. On enseigne à attendre jusqu’au mariage. On prône la pureté comme preuve de fidélité à Dieu. Le message est noble, bibliquement fondé. 1 Thessaloniciens 4:3 dit clairement : « Ce que Dieu veut, c’est votre sanctification : que vous vous absteniez de la débauche. » C’est la base. La foi chrétienne appelle au respect du corps, du temps, et de l’autre. Le sexe n’est pas un jeu, il est sacré.
Mais ce qu’on oublie souvent de dire, c’est que le désir lui-même n’est pas un péché. Il est une réalité humaine, universelle, inscrite dans notre biologie, dans notre âme, dans notre chair. Dieu n’a pas créé le corps pour qu’on le méprise ou qu’on fasse semblant de ne pas le sentir. Et c’est là que le silence religieux devient dangereux : quand il impose des interdictions sans donner les outils pour les vivre.
Beaucoup de jeunes chrétiens, sincères, veulent plaire à Dieu. Ils s’engagent à rester purs. Mais leur corps, lui, ne fait pas vœu de chasteté. À l’adolescence, les hormones explosent. À 20 ans, les rêves érotiques arrivent même sans qu’on le veuille. La moindre caresse peut provoquer un feu intérieur. Que fait-on alors ? À qui parle-t-on ? Dans l’Église, c’est le silence. Parfois pire : le jugement.
Résultat ? Des jeunes se masturbent en cachette, regardent du porno en pleurant, se marient pour calmer leur frustration, tombent dans une sexualité désordonnée parce qu’on ne leur a jamais appris à comprendre ce qu’ils ressentent. Et quand ils chutent, on leur parle de condamnation. Pas de processus. Pas de cheminement. Juste la honte.
Or, le désir sexuel n’est pas en soi une faute. Il peut devenir dangereux quand il n’est ni compris, ni maîtrisé. Comme toute force puissante, il demande du cadre, pas du déni. Il faut enseigner aux jeunes que ressentir du désir n’est pas une malédiction. Même Jésus, pleinement homme, a été tenté à tout point comme nous (Hébreux 4:15). Mais il n’a pas péché. Cela signifie que la tentation, le ressenti, le trouble, ne sont pas des péchés… sauf si on s’y abandonne sans filtre.
Du point de vue sociologique, cette répression crée une dissonance interne. Le discours religieux entre en conflit avec la réalité biologique. Le jeune vit alors un tiraillement entre ce qu’il croit devoir être et ce qu’il ressent réellement. Ce déséquilibre peut mener à des troubles de l’identité, une perte de confiance, voire un rejet de l’église tout entière. Car à force de ne pas se sentir “assez pur”, certains finissent par croire qu’ils n’ont pas leur place parmi les “saints”.
Psychologiquement, cela s’apparente à une forme de violence intérieure. La honte constante de son propre corps, de ses pulsions, peut entraîner une dévalorisation de soi, voire une sexualité compulsive ou destructrice. L’être humain n’est pas fait pour refouler toute une partie de lui-même dans l’ombre. Il est fait pour apprendre, canaliser, comprendre, choisir librement.
Et si l’on relisait la Bible sans filtre religieux, on verrait que Dieu n’a jamais eu peur du désir. Il a inspiré Le Cantique des Cantiques, un chant charnel, sensuel, passionné. On y lit : « Que mon bien-aimé vienne dans son jardin, et qu’il mange de ses fruits exquis. » (Cantique 4:16). Ce n’est pas une image d’école du dimanche. C’est une célébration du corps, de l’amour, du plaisir. Avec poésie, certes. Mais sans hypocrisie.
Il est donc possible d’enseigner à la jeunesse que le désir est un feu sacré, qui doit être gardé, non éteint. Qu’on peut avoir des envies, des pulsions, et quand même choisir la voie de la sanctification. Que l’on peut être tenté et rester intègre. Cela s’apprend. Cela se construit.
Et c’est là que l’Église doit évoluer. Non pas en abandonnant ses valeurs, mais en ajoutant de l’humanité à son discours. En créant des espaces de parole. En osant parler vrai. En reconnaissant que le célibat prolongé, les attentes affectives non comblées, les désirs non nommés, peuvent devenir des bombes à retardement si on ne les accompagne pas.
On ne peut plus dire à une génération hypersensuelle, connectée, bombardée d’images et d’émotions, simplement : “prie et résiste.” Il faut leur parler de gestion du désir, de connaissance de soi, de maîtrise, pas juste d’abstinence. Le fruit de l’Esprit, c’est aussi la maîtrise de soi (Galates 5:23), et cela suppose d’abord de reconnaître ce qu’on ressent.
L’équilibre est là : vous pouvez être chrétien et ressentir du désir. Ce n’est ni honteux, ni anormal. Vous pouvez être spirituel et avoir un corps qui vibre. Le tout est de savoir quoi en faire, comment l’exprimer ou le garder, selon vos valeurs et votre foi.
Si vous êtes chrétien, il est essentiel de respecter les principes de Dieu. Le sexe hors mariage reste un péché. L’abstinence est un choix spirituel qui honore le Seigneur. Mais cela ne doit pas se faire dans l’hypocrisie. Ce n’est pas parce qu’on ne parle pas du désir qu’il disparaît. Ce n’est pas parce qu’on le cache qu’il cesse d’exister. Et ce n’est pas parce qu’on le ressent qu’on est souillé.
L’Église gagnerait à enseigner la vérité dans toute sa dimension : celle de l’esprit, mais aussi celle du corps. À parler de sexualité sans honte. À cesser de créer des chrétiens parfaits en apparence mais déchirés à l’intérieur.
Oui, la pureté est possible. Oui, Dieu donne la force de résister. Mais pour cela, il faut d’abord reconnaître qu’on est humain. Que l’on a des désirs. Et que Dieu, loin de nous condamner pour cela, veut nous apprendre à les maîtriser dans la lumière, pas à les cacher dans l’ombre.
Landy T.