Le Parlement européen a voté.Et avec ce vote sur l’inscription du droit à l’IVG comme droit fondamental, c’est toute l’architecture politique et morale de l’Union européenne qui tremble. Derrière l’hémicycle, les applaudissements et les communiqués officiels, une réalité s’impose : la Commission européenne est désormais sous une pression historique, prise entre les attentes citoyennes, les résistances idéologiques et les fractures profondes des États membres.
Ce vote n’est pas un simple acte symbolique. Il est un cri politique. Un signal envoyé à une Europe traversée par une montée des conservatismes, où les droits des femmes reculent dans certains pays pendant qu’ils sont célébrés dans d’autres. La résolution adoptée par les eurodéputés met à nu une contradiction majeure : comment l’Union peut-elle se présenter comme un espace de libertés fondamentales tout en tolérant, en son sein, des législations qui restreignent ou criminalisent l’avortement ?
La Commission européenne, gardienne des traités, se retrouve face à un dilemme explosif. Elle sait que l’IVG relève encore largement de la compétence nationale. Mais elle ne peut plus ignorer la pression politique, sociale et morale qui monte des rues, des ONG, des mouvements féministes et désormais du Parlement lui-même. Se taire serait être complice. Agir serait ouvrir un bras de fer inédit avec plusieurs capitales.
Car ce vote révèle une Europe à deux vitesses. D’un côté, une jeunesse mobilisée, des sociétés civiles qui réclament des droits égaux, effectifs et protégés. De l’autre, des gouvernements qui invoquent la souveraineté, la tradition ou la religion pour justifier des reculs démocratiques.
L’IVG devient ainsi bien plus qu’une question de santé publique : elle est le baromètre de l’état de la démocratie européenne.
Faire du bruit n’est donc pas un slogan creux. C’est une nécessité politique. Le silence a trop souvent permis l’érosion progressive des droits. Aujourd’hui, le Parlement a choisi de parler fort. Reste à savoir si la Commission aura le courage d’entendre, et surtout d’agir.
L’histoire jugera ce moment. Soit l’Union européenne assumera pleinement la défense des droits fondamentaux, même quand cela dérange. Soit elle confirmera ses limites, laissant aux femmes le poids des compromis politiques. Une chose est certaine : après ce vote, rien ne peut plus se faire dans l’indifférence. Le débat est lancé, et il est impossible de l’étouffer.
Wandy Love Lalanne