Dans une vidéo diffusée sur TikTok et largement partagée sur les réseaux sociaux, l’ancien Premier ministre haïtien Claude Joseph s’est adressé sans détour à l’actuel chef du gouvernement. Dans un ton direct, parfois pédagogique, parfois critique, il a livré une lecture sévère du fonctionnement du pouvoir en Haïti et de l’influence qu’exerceraient certains acteurs, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
Face caméra, Claude Joseph remet en question une gouvernance qu’il estime calquée sur une logique étrangère, inspirée du modèle du « winner takes all », où le pouvoir est concentré entre quelques mains. Pour l’ancien chef du gouvernement, cette approche ne correspond ni à la réalité politique haïtienne ni à la diversité des forces en présence. Il rappelle que « tout le monde ne dispose pas du même ancrage politique » et que tous les acteurs ne bénéficient pas de la même légitimité populaire.
L’ancien Premier ministre critique également l’idée d’un pouvoir monocéphale dans un pays marqué par des équilibres fragiles. Selon lui, Haïti aurait davantage besoin d’un leadership partagé, capable de rassembler plusieurs acteurs politiques majeurs, plutôt que d’exclure ou de marginaliser certaines voix au nom d’une efficacité illusoire.
Dans son intervention, Claude Joseph va plus loin en dénonçant ce qu’il décrit comme un État haïtien capturé. Il affirme que certaines décisions ne se prennent pas toujours dans l’intérêt général, mais sous l’influence de groupes économiques puissants. Pour étayer ses propos, il cite l’écrivain et intellectuel Michel Soukar, évoquant ses analyses sur la crise haïtienne et sa critique d’un secteur privé parfois transformé en « secteur privatif ».
Selon Claude Joseph, cette situation trouve ses racines dans une histoire économique marquée par l’accumulation de richesses et de ressources par une minorité depuis les années 1950, contribuant à creuser les inégalités et à affaiblir l’État.
Au cœur de son message, l’ancien Premier ministre lance un appel clair : les décisions concernant Haïti doivent d’abord tenir compte de la voix de celles et ceux qui vivent la crise au quotidien. « Il faut écouter les gens qui sont dans le pays », insiste-t-il, appelant à une gouvernance plus attentive aux réalités locales qu’aux injonctions internationales.
Dans ce nouvel échiquier, chaque mot compte, et le silence devient parfois plus lourd que la critique.
Christnoude BEAUPLAN