À travers une note publiée par la Direction de Communication de la Police (DICOP), la Police Nationale d’Haïti a annoncé la neutralisation de deux individus armés, présumés membres d’un réseau actif de kidnapping, lors d’une opération menée le samedi 21 février 2026 à Delmas 30. Selon la police, les suspects s’apprêtaient à commettre un rapt lorsqu’une intervention rapide des forces de l’ordre a donné lieu à un échange de tirs fatal pour les deux hommes.
Sur le plan opérationnel, cette intervention témoigne d’une certaine capacité de réaction des unités de renseignement. Elle s’inscrit, toujours selon les autorités, dans une volonté affirmée de démanteler les réseaux criminels qui terrorisent la population.
Mais au-delà de cette annonce, une question fondamentale demeure : pourquoi les enlèvements ne cessent-ils pas ?
Depuis plusieurs années, les opérations ponctuelles se multiplient, les présumés bandits sont “neutralisés”, les armes saisies sont exhibées, et les communiqués officiels se succèdent. Pourtant, le phénomène du kidnapping ne recule pas. Pire encore, il semble s’adapter, se restructurer et s’étendre.
Cette contradiction met en lumière une faiblesse structurelle de l’État. Car si chaque intervention peut être saluée sur le plan tactique, l’absence d’une stratégie globale cohérente et durable laisse le champ libre à la reconstitution rapide des réseaux criminels. Le problème ne se limite pas à des individus armés : il touche aux complicités, à la circulation illégale des armes, à l’impunité judiciaire et à l’effondrement de l’autorité publique dans plusieurs zones.
Le peuple haïtien vit aujourd’hui sous une pression constante. Se déplacer pour travailler, étudier ou simplement circuler devient un acte de courage. Les familles redoutent chaque appel téléphonique inconnu. Les commerçants ferment plus tôt. Les écoles suspendent leurs activités.
Face à cette réalité, la population est en droit d’interroger ses dirigeants :
Kilè pèp la ap lib pou l mache san ensekirite ?
Quand l’État garantira-t-il enfin la sécurité comme un droit fondamental et non comme un privilège aléatoire ?
Neutraliser deux suspects est un fait. Rétablir la confiance nationale est un défi autrement plus vaste. Tant que les causes profondes de l’insécurité ne seront pas traitées avec fermeté, transparence et volonté politique réelle, les communiqués resteront des annonces isolées dans un climat d’angoisse permanente.
Le pays n’a pas seulement besoin d’opérations coup de poing. Il a besoin d’un État stratège, d’une justice fonctionnelle et d’une vision claire pour que la peur cesse de dicter le quotidien.
La sécurité ne peut être une promesse répétée ; elle doit devenir une réalité tangible.
Wandy Love Lalanne