Dans une correspondance officielle datée du 24 février 2026 et adressée au Département d’État des États-Unis, le Conseil National de la Transition Politique (CNTP) franchit un nouveau cap dans la bataille institutionnelle qui secoue Haïti en proclamant la caducité de l’Exécutif haïtien et en sollicitant un appui stratégique américain en faveur d’une Régence judiciaire pilotée par le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ).
Dans cette lettre au ton résolument politique, le CNTP affirme agir en qualité de « Mandataire d’Urgence et de Souveraineté » et invoque la « Doctrine Républicaine » pour justifier la transmission d’un mémorandum juridique au Congrès américain, soutenant qu’en cas de défaillance absolue des pouvoirs exécutif et législatif, la souveraineté nationale se cristalliserait exclusivement dans le pouvoir judiciaire, présenté comme l’ultime rempart institutionnel de la République.
Le document formule trois requêtes majeures : reconnaître le CSPJ comme unique interlocuteur légitime pour assurer la continuité de l’État à travers une Régence judiciaire ; instruire l’Ambassade des États-Unis à Port-au-Prince de cesser toute collaboration avec les autorités jugées caduques ; et appuyer un protocole d’épuration visant à protéger les actifs publics contre les « occupants sans titre ». À travers ces demandes, le CNTP cherche clairement à internationaliser la crise institutionnelle haïtienne et à déplacer le centre du débat vers l’arène diplomatique, en misant sur l’influence déterminante de Washington dans l’équilibre politique et sécuritaire du pays.
Au-delà du plaidoyer juridique, la correspondance constitue une remise en cause frontale de la légitimité exécutive actuelle, présentée comme une menace pour la stabilité nationale et régionale, notamment au regard des risques sécuritaires transnationaux évoqués. En élargissant ainsi l’argumentaire au champ géopolitique, le CNTP transforme la crise interne en enjeu stratégique pour l’hémisphère.
En plaçant le CSPJ au cœur du mécanisme de transition, le CNTP opère un choix politique audacieux en misant sur l’institution judiciaire comme autorité de neutralité et de continuité républicaine, rompant avec les modèles traditionnels de transition dominés par des exécutifs provisoires. Toutefois, cette orientation soulève des interrogations sur la capacité réelle du pouvoir judiciaire à assumer une telle régence dans un contexte de fragilité institutionnelle et d’insécurité persistante.
Par cette démarche, le CNTP engage une bataille de légitimité sur le terrain international et ouvre une nouvelle phase de la crise haïtienne, où la confrontation interne se double désormais d’un bras de fer diplomatique susceptible de redéfinir l’architecture du pouvoir à Port-au-Prince.
Wandy Love Lalanne