Plusieurs partis, organisations politiques, regroupements de la Société civile et associations de la diaspora ont publié une déclaration conjointe exprimant leur vive inquiétude face à la dégradation de la situation sociopolitique du pays. Les signataires dénoncent les dérives institutionnelles qu’ils attribuent au « Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections » et appellent à une alternative fondée sur la légalité et la souveraineté nationale.
Parmi les personnalités ayant signé le document figurent Jonas Coffy, ancien ministre du Commerce, Simon Dieuseul Desras, ancien président du Sénat, Leguenson Jules-saint de Chwazi Ayiti, Jean Hénold Buteau et Me Lucmane Delile, ainsi que d’autres acteurs politiques et sociaux.
Les signataires dressent un constat d’échec après quinze mois de gouvernance sous la direction de M. Alix Didier Fils Aimé. Selon eux, le pays ne connaît ni amélioration sécuritaire notable ni stabilisation institutionnelle durable. Ils soulignent que l’État n’a pas rétabli son monopole légitime de la force et que plusieurs territoires restent sous le contrôle de groupes criminels, tandis que les institutions demeurent fragilisées.
La déclaration rappelle également que M. Fils Aimé aurait été formellement révoqué par une majorité qualifiée du Conseil présidentiel de transition. Toute tentative de gouverner en dehors de cette décision est qualifiée de menace pour l’ordre institutionnel.
Le document soulève également de vives interrogations concernant la signature, au nom de l’État haïtien, d’un contrat de sécurisation des frontières terrestres et maritimes avec la société Evergreen Trading System Limited, pour un montant dépassant un demi-milliard de dollars américains. Les signataires dénoncent l’absence de base institutionnelle et légale clairement établie, évoquant des risques pour la souveraineté nationale et la transparence des décisions publiques.
Ils estiment par ailleurs que le Pacte national s’inscrit dans la même logique d’engagements pris sans consensus national réel et en dehors d’un cadre institutionnel consolidé.
La déclaration met également en cause l’impartialité du processus électoral. Elle affirme que M. Fils Aimé aurait présenté un candidat à la présidence avant l’échéance du 7 février et que plusieurs membres de son entourage seraient engagés dans des démarches de candidature. Une situation qui, selon les signataires, créerait un conflit d’intérêts compromettant la crédibilité d’éventuelles élections.
Ils jugent difficile d’envisager un scrutin libre, équitable et transparent sous l’autorité actuelle.
Face à la crise, les signataires plaident pour une solution haïtienne durable fondée sur la responsabilité nationale et le respect strict des principes républicains. Ils défendent la mise en place d’un exécutif bicéphale garantissant l’équilibre des pouvoirs, ainsi qu’un accord politique inclusif intégrant les forces représentatives du pays.
Ils appellent également à l’organisation d’élections libres et crédibles dans un délai raisonnable, dans des conditions sécuritaires stabilisées.
Enfin, la déclaration insiste sur la nécessité de réorienter les relations internationales d’Haïti sur la base du respect mutuel, de la non-ingérence et de la reconnaissance du rôle historique du pays comme première République noire indépendante.