Port-au-Prince, 4 mars 2026 La crise politique haïtienne connaît un nouvel épisode avec la publication d’une lettre ouverte adressée à la communauté internationale par l’écrivain et entrepreneur Jean Rodlet Jean Baptiste. Dans ce document au ton ferme et accusateur, l’auteur appelle les partenaires d’Haïti à conditionner tout appui politique et diplomatique au respect strict de la Constitution et des principes de bonne gouvernance.
Au cœur de la démarche : une critique frontale des récentes décisions du Premier ministre de facto, Alix Didier Fils-Aimé. Présenté initialement comme un chef de gouvernement à vocation technocratique, il est accusé dans la lettre d’avoir mis en place une équipe marquée par « l’arrogance, le favoritisme et des contradictions flagrantes » avec les engagements publics pris dans le cadre du pacte politique fondateur.
Nominations controversées et tensions juridiques
L’un des points les plus sensibles soulevés concerne la désignation de Mme Reina Forbin au ministère des Affaires étrangères et des Cultes. Selon l’auteur, cette nomination interviendrait dans un contexte où la Constitution haïtienne encadre strictement l’accès aux fonctions ministérielles. Sans entrer dans les détails juridiques, la lettre évoque un « signal inquiétant » quant au respect des normes constitutionnelles.
Plus largement, le texte dénonce la présence au sein du gouvernement de personnalités visées par des controverses liées à leur gestion passée, remettant en cause les exigences de probité et de conformité à la loi haïtienne. Une accusation grave dans un pays où la défiance envers les institutions atteint un niveau critique.
Fractures autour du pacte initial
Autre élément politique majeur : le désistement de plusieurs groupes signataires du pacte ayant facilité l’installation de l’exécutif. Ces retraits, motivés par un supposé manque de transparence et une méthode jugée unilatérale, illustrent l’érosion rapide du consensus déjà fragile autour de la transition.
Dans un contexte de crise sécuritaire persistante, de paralysie économique et d’effondrement institutionnel, cette perte de confiance interne fragilise davantage la crédibilité du pouvoir en place.
Pression sur les partenaires internationaux
La lettre, adressée notamment à l’Ambassade du Canada, à l’Ambassade de France, au chargé d’affaires américain, à la Communauté des Caraïbes (CARICOM), à l’Union européenne, au Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) et à l’Organisation des États américains, se veut un appel à la cohérence diplomatique.
Jean Rodlet Jean Baptiste exhorte ces acteurs à ne pas cautionner, par leur silence ou leur soutien, des pratiques susceptibles d’affaiblir davantage la légitimité institutionnelle du pays. Il plaide pour un conditionnement strict de l’aide et de l’appui politique au respect des règles républicaines.
Un signal politique à surveiller
Au-delà du contenu, cette initiative traduit une volonté d’internationaliser le débat sur la légitimité du gouvernement actuel. Elle pourrait trouver un écho auprès d’autres acteurs de la société civile ou de figures politiques critiques de la transition en cours.
Dans un pays où chaque geste politique peut avoir des répercussions majeures sur l’équilibre déjà précaire des institutions, cette lettre ouverte ajoute une pression supplémentaire sur l’exécutif. Reste à savoir si la communauté internationale choisira la prudence diplomatique ou une position plus exigeante face aux accusations formulées.
Une chose est certaine : le débat sur la légitimité, la transparence et le respect de la Constitution demeure au centre de l’avenir politique immédiat d’Haïti.
Lalanne