Est-il vrai que la jeunesse représente le joyau le plus précieux d’une nation ?
Est-il juste de dire que sa prise en charge devrait être la priorité absolue de tout État qui se respecte ?
N’est-il pas indispensable, voire vital, d’incarner de bons exemples pour ceux et celles appelés à gouverner demain ?
Car oui, la jeunesse est la sève même d’un peuple. Elle est porteuse de rêves, d’audace, d’idées neuves. Elle est cette étincelle capable d’illuminer l’avenir. Mais encore faut-il qu’on lui tende la main, qu’on l’accompagne, qu’on la protège.
Un pays qui néglige sa jeunesse se condamne lui-même à l’immobilisme, voire à la dérive. Et si les adultes d’aujourd’hui échouent à incarner l’intégrité, le respect et la justice, que restera-t-il aux jeunes, sinon le chaos comme héritage ?
La jeunesse haïtienne figure parmi les plus malmenées au monde. Les multiples crises sociopolitiques qu’elle traverse l’épuisent psychologiquement et l’obligent à se forger des carapaces pour survivre. Elle est contrainte de refouler ses émotions, de taire ses ambitions, de renier peu à peu ce qu’elle est profondément. Dans ce chaos quotidien, elle apprend à avancer sans espoir certain, à exister sans vraiment vivre.
Chaque jour qui se lève en Haïti emporte avec lui un peu plus de l’innocence et de l’avenir de sa jeunesse. À chaque coin de rue, dans chaque quartier, le silence des armes étouffe des rêves, brise des trajectoires, fauche des vies. Trop souvent, les visages de ceux qu’on enterre sont jeunes, pleins de promesses, arrachés à la vie avant même d’avoir eu la chance de commencer à vivre vraiment.
Pour une énième fois, la jeunesse pleure. Une fois encore, elle se sent trahie, étouffée, reléguée à l’arrière-plan d’une société qui lui tourne le dos. Elle erre dans un pays qui ne sait plus que faire de ses enfants, dans un espace qui, au lieu de l’accueillir, la rejette avec indifférence.
Aujourd’hui encore, nous élevons nos voix pour réclamer justice. Justice pour une âme fauchée trop tôt, dans des circonstances qui révoltent. Une vie partie, comme tant d’autres, dans un silence accablant. Encore un souffle arraché à une famille, encore des cœurs brisés, des amitiés meurtries, des rêves partis en fumée.
En décembre 2024, le quartier de Cité Soleil à Port-au-Prince a été le théâtre d’un massacre d’une ampleur inédite. Le gang du Wharf Jérémie, dirigé par Monel « Mikano » Félix, a orchestré une attaque sanglante, ciblant principalement des personnes âgées accusées de sorcellerie. Le bilan est lourd : au moins 207 morts, dont 134 hommes et 73 femmes, selon un rapport des Nations Unies.
Quelques mois auparavant, en octobre 2024, la petite ville agricole de Pont-Sondé a été ravagée par une attaque du gang « Gran Grif », dirigé par Luckson Elan. Une offensive qui a coûté la vie à au moins 115 personnes, parmi lesquelles des bébés, des jeunes mères et des personnes âgées.
En novembre 2018, le quartier de La Saline à Port-au-Prince a connu un massacre perpétré par des gangs armés, avec la complicité présumée de policiers corrompus. Au moins 71 civils ont été tués, et des cas de viols collectifs ont été rapportés.
Dans les rues de la capitale, les balles sifflent plus fort que les rêves, et les larmes des familles se mêlent à la poussière des ruelles abandonnées par l’État. Chaque nom ajouté à la liste des victimes est une promesse brisée, un avenir volé, une douleur collective qui ne trouve plus de mots.
Ils s’appelaient :
Jovenel Moïse, Éric Jean Baptiste, Lorna Rose Virgile Fils-Aimé, Wanderson Zamy
ILS S’APPELLENT HAÏTI.
Chaque vie perdue est un appel à la justice, à la paix et à la reconstruction d’une société où les jeunes peuvent rêver, s’épanouir et contribuer au développement de leur nation. Ce cri est le nôtre. Celui d’une jeunesse qui n’en peut plus d’enterrer les siens.
Christnoude BEAUPLAN