Pour beaucoup d’hommes, particulièrement en Haïti, l’endurance sexuelle est bien plus qu’une simple capacité physique. Elle est perçue comme un emblème de virilité, de fierté, de valeur personnelle. Bander fort, tenir longtemps, satisfaire sans faillir : voilà le barème que la société impose, que les hommes s’imposent eux-mêmes — souvent dans le silence et la souffrance.
Très tôt, les garçons apprennent que « un vrai homme, ça tient ». Cette pression s’installe dès l’adolescence, comme un poison lent. Elle façonne les comportements, crée une peur maladive de l’échec, et engendre une angoisse de performance qui devient, chez certains, un véritable enfer intérieur.
Dans le contexte haïtien, ce poids est encore plus lourd à porter. Des jeunes hommes l’affirment clairement : les difficultés du pays, insécurité, instabilité, misère économique, les vident de toute énergie, jusqu’à affecter leur libido.
《 Ah! Mpaka bande ankò, stress peyi a detwi’m nan tout sans》 Ce n’est pas une exagération quand Jacob nous en parle. C’est une réalité. Le stress constant, la peur du lendemain, les frustrations accumulées fragilisent le mental et le corps suit. Quand un homme ne se sent plus en sécurité dans sa vie, il est difficile qu’il se sente confiant dans son intimité.
Et le drame, c’est que pour certains, perdre cette capacité est vécu comme une malédiction.
《 Si yon jou mta rive on kote mpa gen bann mwen pito mouri》 C’est ce que confie Pouchon lors d’une discussion entre amis. Ce ne sont pas des paroles en l’air. Derrière cette phrase, il y a la peur de perdre son identité, sa dignité, sa place en tant qu’homme. Il y a aussi l’absence de repères et de soutien pour comprendre que la sexualité humaine est bien plus complexe que la simple érection.
Car oui, bander n’est pas un miracle spirituel. Ce n’est pas un don sacré. C’est un phénomène physiologique influencé par mille facteurs : la santé mentale, les émotions, l’alimentation, le système nerveux, la circulation sanguine. Des pathologies courantes comme l’hypertension, le diabète ou les troubles hormonaux peuvent l’affecter. Et pourtant, trop peu d’hommes osent consulter.
La honte est tenace. Le silence, pesant. Beaucoup préfèrent s’automédiquer : pilules de rue, breuvages douteux, cocktails d’alcool, ou encore les fameux sòs pwa et Leo Messi, des mélanges dangereux qui promettent miracles et virilité en quelques minutes. Mais à quel prix ?
Ces solutions de fortune peuvent entraîner des effets secondaires graves, voire irréversibles. Elles masquent un mal plus profond au lieu de le traiter. Et elles alimentent un cercle vicieux : plus l’homme a peur d’échouer, plus il échoue. Plus il échoue, plus il se détruit.
Il est donc urgent de dire les choses clairement : l’endurance sexuelle n’est pas une preuve d’amour, encore moins une définition de l’homme. La sexualité doit être un lieu de partage, de complicité, d’écoute — pas un test de performance chronométré. Aimer, ce n’est pas impressionner. C’est être présent, sincère, attentif à l’autre… et à soi-même.
Messieurs, si vous souffrez, parlez. Consultez. Demandez de l’aide. Vous avez le droit de ne pas être au top. Vous avez le droit d’être humain. Et surtout, vous avez le droit d’exister sans avoir à prouver votre virilité chaque soir entre quatre murs.
Brisons le silence. Parlons vrai. Parce qu’aucune érection ne vaut une vie.
Landy T.