Des centaines, voire des milliers de citoyens tunisiens ont défilé ce week-end dans les rues de Tunis et d’autres villes du pays, réclamant la libération de l’opposant historique Ahmed Néjib Chebbi et dénonçant ce qu’ils qualifient de dérive autoritaire du régime en place.
Jeudi, Ahmed Néjib Chebbi, 81 ans, a été arrêté à son domicile afin de purger une peine de 12 ans de prison prononcée par une cour d’appel pour « complot contre la sûreté de l’État ».
Cet épisode s’inscrit dans une large vague répressive qui touche des dizaines de dirigeants politiques, avocats, militants et militants des droits humains, certains condamnés à des peines allant jusqu’à 45 ans de prison.
Sous le mot‑d’ordre « L’opposition n’est pas un crime », les manifestants, jeunes, familles, militants civiques, ont convergé vers le centre de la capitale, brandissant portraits des détenus, pancartes et slogans réclamant la liberté, le respect des libertés fondamentales et un retour à la démocratie.
Beaucoup dénoncent ce qu’ils considèrent comme un procès politique, bâclé, destiné à réduire au silence toute voix critique. Pour eux, l’arrestation de Chebbi est le symbole d’une purge ouverte contre l’opposition et d’une volonté manifeste d’étouffer le débat politique.
Organisations internationales de défense des droits humains, comme Amnesty International, ont dénoncé ces condamnations comme arbitraires et les arrestations comme une escalade répressive susceptible de compromettre les libertés fondamentales.
Selon ces organisations, la destruction de l’opposition organisée, la privation de liberté des voix dissidentes et l’usage régulier des accusations de « complot » à des fins politiques rappellent les zones d’ombre de l’histoire récente du pays.
La mobilisation populaire témoigne d’un profond malaise : chômage, inflation, perte de confiance dans l’avenir, mais surtout sentiment d’être privés de parole. Pour beaucoup de Tunisiens venus manifester, ce 2025 marque un tournant, non pas vers la stabilité, mais vers une normalisation du silence et de la peur.
Mais le message des rues est clair : le silence n’est pas une option, et la démocratie ne se négocie pas au prix de l’arbitraire.
Christnoude BEAUPLAN