Ce lundi, l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) a remis à la justice cinq nouveaux rapports d’enquête, parmi lesquels figure un dossier qui suscite déjà de vives réactions : l’ancien président Michel Joseph Martelly y est directement indexé.
C’est dans une atmosphère où l’exaspération sociale se mêle à une attente de justice que l’institution anticorruption entend rappeler que le devoir de transparence ne s’use que lorsqu’on ne s’en sert pas.
Ces rapports, transmis au commissaire du gouvernement, concernent diverses institutions publiques accusées de gestion opaque, de détournement de fonds ou d’enrichissement personnel. Celui qui implique Michel Martelly évoque notamment de graves irrégularités commises sous son administration, marquée, on s’en souvient, par les retombées du scandale PetroCaribe.
Pour beaucoup, ce geste de l’ULCC est une tentative de briser le silence pesant autour des hauts dirigeants souvent protégés par l’amnésie institutionnelle.
Élu en 2011, Martelly avait promis un renouveau. Mais son passage au pouvoir aura laissé l’image d’un État central affaibli, miné par les contrats douteux, la personnalisation du pouvoir et une série de décisions prises hors de toute orthodoxie administrative.
Son nom, déjà mentionné dans des audits antérieurs, revient aujourd’hui comme un symbole de cette gouvernance restée, jusqu’à présent, intouchable.
Depuis sa création, l’ULCC a transmis 63 dossiers à la justice. Mais très peu ont abouti à des condamnations. La justice haïtienne, souvent décrite comme lente, perméable aux influences politiques et mal équipée, peine à inspirer confiance.
Et pourtant, la population ne cesse d’espérer. Parce qu’il y a urgence. Parce que la corruption n’est pas qu’un mot, c’est une réalité qui affame, déscolarise, détruit.
L’initiative de l’ULCC est saluée par certains comme une volonté de changement. D’autres y voient une répétition : un élan sans lendemain. Et pendant ce temps, les noms circulent, les rapports s’empilent, mais les condamnations, elles, restent invisibles.
Alors, cette fois, est-ce le bon moment ? Ou un autre mirage dans un pays qui en a tant connu ?
Christnoude BEAUPLAN