Longtemps confrontées à l’insécurité, à la précarité et à l’absence de reconnaissance institutionnelle, les Madan Sara pourraient bientôt voir leurs conditions de travail évoluer. Le Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) et le Rasanbleman Nasyonal Madanm Sara Peyizan Yo (RANAMSAP) ont signé, le mardi 16 décembre 2025 à Pétion-Ville, un protocole d’accord visant à encadrer et structurer les activités de ces commerçantes qui jouent un rôle central dans l’économie haïtienne.
Paraphé par le ministre du Commerce et de l’Industrie, James Monazard, et la coordinatrice générale du RANAMSAP, Melita Pierre, cet engagement marque une avancée vers la formalisation progressive des Madan Sara. L’accord prévoit des actions destinées à améliorer leurs conditions de travail, à renforcer la protection de leurs droits et à faciliter leur intégration dans le circuit économique formel.
Pilier incontournable de la distribution des produits à travers le pays, les Madan Sara exercent pourtant leurs activités dans un contexte marqué par la violence, l’instabilité et l’absence de mécanismes de soutien. Malgré leur contribution déterminante à la vie économique nationale, elles restent largement cantonnées au secteur informel, sans couverture sociale ni cadre légal adapté. Le protocole signé entend rompre avec cette marginalisation persistante.
S’exprimant lors de la cérémonie, le ministre James Monazard a reconnu la vulnérabilité de ces commerçantes et souligné l’urgence de leur offrir un encadrement institutionnel. Selon lui, la structuration du commerce informel constitue un levier essentiel pour le développement économique du pays. Il a rappelé que des initiatives similaires ont déjà été mises en œuvre avec d’autres regroupements afin de faciliter l’accès des Madan Sara aux services financiers et au crédit.
À travers cette démarche, le MCI souhaite favoriser leur inclusion financière, leur permettre de développer leurs activités et d’envisager la création de véritables entreprises, notamment dans la transformation des produits. Le ministre a toutefois insisté sur la nécessité pour ces commerçantes de disposer de documents officiels leur permettant d’exercer légalement leurs activités.
Dans la continuité de cet accord, une commission conjointe réunissant des représentants du MCI et du RANAMSAP sera mise en place. Elle aura pour mission de suivre l’application des engagements pris, notamment en matière de formalisation et de protection des Madan Sara. Le ministre a également livré un témoignage personnel, rappelant que sa mère était elle-même Madan Sara, décédée alors qu’il n’avait que 11 ans, un vécu qui, selon lui, renforce son engagement en faveur de ces femmes à travers l’ensemble du territoire national.
De son côté, la coordinatrice générale du RANAMSAP, Melita Pierre, a dressé un tableau préoccupant des réalités quotidiennes vécues par les Madan Sara. Elle a évoqué les mauvais traitements, la pénibilité du travail, la fatigue constante et l’insécurité croissante qui fragilisent leurs activités. Malgré leur importance stratégique dans l’économie, ces commerçantes n’ont jusqu’à présent bénéficié d’aucun véritable mécanisme d’assistance sociale.
Melita Pierre a également exprimé sa solidarité envers les commerçants affectés par l’incendie ayant ravagé le marché Dumorney le 10 décembre 2025, un drame qui a aggravé la situation de nombreuses familles dépendantes du commerce pour leur subsistance.
S’appuyant sur des données attribuées à la Banque mondiale, la responsable du RANAMSAP a rappelé que les Madan Sara représenteraient près de 70 % de l’activité économique nationale. Un poids considérable qui contraste avec leur faible niveau de reconnaissance institutionnelle et l’absence de protection juridique dont elles souffrent encore.
L’insécurité persistante continue par ailleurs de peser lourdement sur leurs activités. Une chute significative des échanges commerciaux a été observée, tandis qu’une large majorité de Madan Sara ont été contraintes d’abandonner leurs espaces de vente pour échapper aux violences. Malgré ces contraintes, beaucoup continuent d’investir leurs ressources limitées, contractant des emprunts afin de maintenir leurs activités et de subvenir aux besoins de leurs familles.
Face à cette situation, la direction du RANAMSAP estime que l’État a la responsabilité d’encadrer ces commerçantes afin de garantir leur sécurité, leurs droits fondamentaux et leur dignité. Dans ce contexte, le protocole d’accord signé avec le ministère du Commerce et de l’Industrie apparaît comme une réponse attendue et porteuse d’espoir.
À travers cette initiative, le MCI entend reconnaître la contribution essentielle des Madan Sara à l’économie nationale et jeter les bases d’un système commercial plus structuré, plus inclusif et plus équitable.
Landy T.