Le 7 décembre, à Carrefour, la photographie n’a pas seulement été exposée : elle a respiré. Avec Mystère 25, Clifenly LAZARD a convié le public à une expérience sensible, où chaque image semblait murmurer une histoire, suspendre le temps et inviter à une écoute intérieure.
Entrer dans Mystère 25, c’était franchir un seuil. Celui d’un jeune homme de 25 ans, originaire de Carrefour, étudiant finissant en sciences administratives et commerciales à l’Université Adventiste d’Haïti, photographe et chanteur, qui a choisi de dire le monde autrement. Clifenly LAZARD ne photographie pas pour montrer, mais pour révéler. Ancien participant aux concours Podium Quartiers, directeur de JA Connect Haïti, il inscrit sa démarche dans un dialogue constant avec la jeunesse, l’identité et la mémoire collective.
Son regard s’est façonné très tôt, dans la présence discrète mais déterminante de son père, Saint Louis LAZARD, photographe aujourd’hui disparu. De cet héritage est née une relation presque intime avec l’image, perçue non comme un simple objet esthétique, mais comme une trace, une preuve d’existence. À travers son objectif, Clifenly Lazard interroge ce qui demeure lorsque les mots se taisent.
Présentée le jour même de son anniversaire, l’exposition s’ancre à Carrefour comme un retour aux sources. Les vingt-cinq photographies ne racontent pas une vie de manière linéaire ; elles la fragmentent, la dispersent, la recomposent. Visages, paysages, gestes retenus, silences habités : chaque image est un mystère offert au regard du spectateur, libre d’y projeter sa propre lecture, sa propre émotion.
Autour de la photographie, d’autres voix se sont élevées. Slam, chant, danse et temps de réflexion ont prolongé l’expérience, transformant l’exposition en un espace vivant, presque organique. Ici, les disciplines se répondent, s’entrelacent, et donnent à voir une jeunesse de Carrefour consciente de sa force expressive et désireuse de se raconter par elle-même.
Les réactions du public, souvent empreintes d’émotion, ont confirmé la portée du projet. Beaucoup se sont reconnus dans ces images, parfois pour la première fois. Malgré les contraintes matérielles et l’absence de soutien institutionnel fort, Mystère 25 s’impose comme un moment fondateur dans le parcours de Clifenly LAZARD. Une exposition où la photographie cesse d’être un simple regard posé sur le monde pour devenir une présence, une veille silencieuse, une promesse de transmission.