Lors de la 15ᵉ édition des Mardis de la Nation, un programme d’échange entre membres du gouvernement haïtien et la population, la ministre des Haïtiens Vivant à l’Étranger (MHAVE), Kathia Verdier, est intervenue pour faire le point sur les actions entreprises en faveur de la diaspora. Mais depuis cette intervention, une controverse est née, alimentée par la reprise dans certains médias de propos attribués à la ministre, laissant croire que l’État haïtien s’apprêterait à accueillir jusqu’à 500 000 compatriotes en situation irrégulière aux États-Unis.
Plusieurs médias ont relayé cette information, suscitant interrogations, inquiétudes, voire indignation. Pourtant, une lecture attentive du discours officiel permet de constater que cette déclaration ne figure nulle part dans les propos tenus ce jour-là.
Dans le communiqué publié le 1er juillet 2025 par le Bureau du Secrétaire d’État à la Communication, la partie du discours en question est rédigée comme suit :
« Concernant les compatriotes se trouvant en situation de vulnérabilité ou exposés à des mesures de déportation, la ministre Verdier a rappelé que l’État haïtien avait mis en place des dispositifs d’accompagnement et de rapatriement visant à garantir un retour dans la dignité, conformément aux engagements républicains de chaque citoyen, où qu’il se trouve. Elle a, à ce titre, réaffirmé un message fort : Lakay se lakay. Lakay toujou lakay. »
À aucun moment il n’a été question de chiffres, ni d’un plan d’accueil massif. Le message s’inscrit dans une logique humanitaire et administrative : rappeler que des mécanismes d’accompagnement existent, dans l’éventualité de retours forcés ou volontaires, et que ces situations doivent être traitées avec respect et dignité.
Certains médias ont interprété ce message comme une annonce implicite d’un retour massif de citoyens haïtiens, notamment depuis les États-Unis, dans un contexte de pressions migratoires. Le chiffre de 500 000 personnes a alors circulé sans qu’aucune source officielle ne le confirme. Une extrapolation, donc, qui ne trouve pas appui dans le discours officiel.
Il est important de rappeler que le sujet des migrations, et plus encore celui des retours, est hautement sensible. Une nuance dans la formulation, une phrase sortie de son contexte ou amplifiée sur les réseaux sociaux peut suffire à alimenter une confusion considérable.
Dans un climat où les débats publics sont souvent polarisés, et où la rapidité de diffusion prime parfois sur la vérification des faits, il devient essentiel de revenir aux documents originaux. Le discours de la ministre, dans sa version officielle, n’annonce ni chiffre, ni opération massive de rapatriement. Il évoque uniquement la préparation administrative à accompagner dignement les cas de déportation ou de retour.
Ce rappel à la dignité dans le traitement des Haïtiens vivant à l’étranger s’inscrit d’ailleurs dans la continuité des engagements de l’État haïtien en matière de droits humains.
Cette situation souligne la responsabilité des médias dans le traitement de l’information. Les interrogations sur la politique migratoire d’Haïti sont légitimes, mais doivent s’appuyer sur des faits avérés, sans interprétations hâtives ni déductions hasardeuses. Il ne s’agit ni de défendre ni de condamner une déclaration, mais d’en restituer le sens exact.
Dans un pays confronté à de multiples défis, où la confiance dans les institutions reste fragile, chaque mot compte. Et chaque mot mal compris peut peser lourd.
Landy T.