Les propos tenus récemment par le Secrétaire d’État à la Sécurité publique, Mario Andrésol, ont suscité de vives réactions dans l’opinion publique et ravivé le débat autour du parcours de Pierre Espérance, représentant du Réseau national de Défense des Droits humains (RNDDH).
Intervenant à l’émission Matin Débat, animée par le journaliste Lucner Désir, dit Louko, Mario Andrésol a déclaré qu’en 1990, alors qu’il exerçait des fonctions au sein des forces de l’ordre, il aurait procédé à l’arrestation de Pierre Espérance ainsi que son père pour des faits qu’il qualifie de vol. Le secrétaire d’État a également affirmé son intention de retrouver les dossiers correspondants, indiquant vouloir les rendre publics afin, selon ses termes, d’éclairer l’opinion nationale sur le passé de l’actuel responsable du RNDDH.
Ces déclarations, faites sur une tribune médiatique de grande audience, soulèvent plusieurs interrogations majeures. Elles touchent directement à la crédibilité personnelle de Pierre Espérance, mais aussi, par extension, à celle de l’organisation qu’il représente, connue pour ses prises de position critiques sur les questions de gouvernance, de sécurité et de droits humains en Haïti.
Dans un pays marqué par une forte défiance envers les institutions, de telles affirmations exigent une rigueur particulière, tant sur le plan de la vérification des faits que sur celui de la responsabilité publique. L’annonce de l’existence présumée de dossiers judiciaires datant de plus de trois décennies pose la question de leur traçabilité, de leur validité juridique et des raisons pour lesquelles ils n’auraient jamais été portés à la connaissance du public avant.
Si la recherche de la vérité constitue un impératif démocratique, celle-ci ne saurait se satisfaire de simples déclarations. Toute accusation publique appelle des éléments matériels vérifiables et, le cas échéant, un traitement par les instances judiciaires compétentes, seules habilitées à établir les responsabilités individuelles.
À ce stade, aucune preuve documentaire n’a été rendue publique pour étayer les propos du secrétaire d’État. De son côté, Pierre Espérance n’a pas encore formulé de réaction officielle. Ce silence, temporaire ou stratégique, laisse le débat ouvert et renforce l’attente d’éclaircissements de part et d’autre.
Au-delà des personnes concernées, cette controverse met en lumière les tensions persistantes entre autorités étatiques et organisations de la société civile, notamment celles engagées dans la défense des droits humains. Elle interroge également l’usage de l’espace médiatique comme lieu de règlement de différends sensibles, dans un contexte national déjà marqué par une crise multidimensionnelle.
Dans l’attente d’éventuelles preuves annoncées par Mario Andrésol ou d’une prise de position officielle du RNDDH, l’opinion publique reste appelée à la prudence, à l’analyse des faits et au respect des principes fondamentaux de l’État de droit.
Vanessa la journaliste