Dans les quartiers populaires de Port-au-Prince, dans les transports en commun, dans les salons de beauté ou même dans les forums de jeunes, une phrase revient sans cesse, déguisée sous mille formes : « M’ap chèche yon nèg serye, yon nèg ki ka ede’m.» La traduction émotionnelle ? “Je veux un roi.” Mais ce qui frappe, c’est que derrière ce désir de stabilité masculine se cache souvent une instabilité personnelle que personne n’ose affronter.
On demande un homme accompli quand soi-même on n’a pas encore réglé ses propres dettes émotionnelles. On réclame la loyauté quand on est encore en train de jouer avec le feu. Ce n’est pas un jugement, c’est une constatation. L’amour réel commence là où l’honnêteté envers soi-même débute.
Tu veux un homme qui sache écouter, mais tu cries plus que tu ne dialogues. Tu veux un homme qui sait ce qu’il veut, mais toi, tu changes de vision chaque semaine. Tu veux un homme fidèle, mais tu cultives des zones grises avec trois ex sur WhatsApp. Tu veux un roi, mais tu joues encore à être une princesse gâtée.
Beaucoup de jeunes femmes, conscientes ou non, se mettent dans une posture de consommation affective. Elles veulent recevoir, sécuriser, afficher, mais peu s’interrogent sur ce qu’elles apportent vraiment. Aimer ce n’est pas exiger. C’est offrir, se remettre en question, et construire avec l’autre.
Les réalités haïtiennes sont dures. L’instabilité économique pousse certaines à vouloir “bien se caser”. Il y a les jeunes femmes qui, désillusionnées par des relations toxiques ou absentes, cherchent un homme stable pour compenser tout ce qu’elles n’ont pas reçu ailleurs : validation, sécurité, protection.
Mais que donne-t-on en retour ? Quand le cœur est plein de trous, est-on capable d’aimer sans exiger qu’on remplisse chaque vide ? Trop de femmes arrivent dans une relation comme on entre dans un refuge après un cyclone. Mais l’amour n’est pas un centre d’hébergement. Il est un lieu d’échange, de croissance, de lucidité.
Dans les groupes d’hommes, entre deux verres ou après un match de foot, la plainte revient : « Fanm yo vle twòp, men yo pa menm konnen sa yo gen pou ofri. » Certains hommes veulent aimer, mais se sentent piégés dans une relation où ils sont tenus d’être tout : soutien financier, psychologue, papa, pasteur, motivateur et en bonus… fidèle, même quand ils se sentent invisibles.
Un roi, ce n’est pas un sauveur. Ce n’est pas un plan de secours. Ce n’est pas non plus un trophée. C’est un homme qui mérite amour, respect et réciprocité. Pas une charge émotionnelle déguisée en relation sérieuse.
On ne peut pas vouloir un roi quand on se comporte comme une adolescente amoureuse de l’amour. On ne peut pas parler de standards sans faire un travail personnel. On ne peut pas exiger sans introspection. On ne peut pas quémander l’amour sans être capable d’en donner.
Et soyons honnêtes : certaines femmes confondent attitude avec maturité. Elles parlent fort, posent leurs “non négociables” sur la table, exigent des résultats comme si elles étaient en entretien d’embauche. Mais le vrai amour ne se gagne pas à coups de slogans. Il se mérite à coups d’efforts réels, de croissance, de cohérence.
Être une reine, ce n’est pas poster des selfies avec des vers de Rupi Kaur. C’est avoir le courage d’affronter ses blessures sans blesser l’autre. C’est se connaître au point de ne pas se perdre dans une relation. C’est construire sa vie avant d’y intégrer quelqu’un.
Une reine ne mendie pas l’amour. Elle l’offre, elle le reçoit, elle le construit. Et surtout, elle ne court pas après les rois. Elle attire celui qui reconnaît la valeur de son trône. Elle ne se positionne pas comme victime permanente de ses déceptions, mais comme actrice principale de sa reconstruction.
Dans un pays aussi fracturé qu’Haïti, le couple peut devenir un lieu de guérison, de stabilité, de modèle. Mais seulement si chacun y entre avec conscience. On ne peut plus vivre dans des illusions romantiques pendant que le pays crie, pendant que la jeunesse se perd, pendant que l’amour devient un slogan vide.
Tu veux un roi ? Bâtis ton royaume. Pas avec des stories, des menaces ou des jeux de pouvoir. Mais avec ton authenticité, ta croissance, ta capacité à aimer sans t’écraser. Parce qu’au fond, c’est simple : les rois ne cherchent pas des princesses blessées. Ils cherchent des reines qui règnent déjà sur elles-mêmes.
*Landy T.*