La dégradation continue de la situation politique et sécuritaire en Haïti suscite de vives réactions au sein de la classe politique et de la société civile. Dans une note pour la presse au ton ferme, le Rassemblement des Patriotes Haïtiens (RPH) exprime son indignation face à ce qu’il qualifie de « bataille stérile et sanglante » entre le Conseil présidentiel de transition (KPT) et la Primature, deux pôles du pouvoir exécutif engagés dans une confrontation ouverte depuis près de deux ans.
Selon le RPH, cette lutte de pouvoir, assimilée à une guerre de prédateurs politiques, se déroule pendant que la population demeure otage de l’insécurité généralisée, des gangs armés et des camps de déplacés. L’organisation déplore que les objectifs initiaux de la transition — rétablir la sécurité, reconstruire les institutions et organiser des élections crédibles — aient été relégués au second plan au profit d’intérêts personnels et de calculs politiciens. Le bilan de la transition est ainsi jugé « totalement négatif ».
Dans ce contexte qu’elle qualifie de honte nationale, l’organisation patriotique s’inquiète également du rôle croissant des chancelleries étrangères dans la gestion de la crise haïtienne. Le RPH condamne avec vigueur les déclarations du gouvernement américain et de son ambassade laissant entendre qui serait ou non habilité à diriger Haïti. Pour le mouvement, ces prises de position constituent une ingérence inacceptable dans les affaires internes d’un État souverain.
S’agissant des accusations de « collaboration avec des gangs » visant certains membres du KPT, le RPH adopte une posture nuancée mais exigeante. Il appelle à une coopération franche et transparente entre l’État haïtien et les pays disposant de preuves documentées contre tout ressortissant haïtien impliqué dans le banditisme, le trafic de drogue ou la criminalité financière internationale. Toutefois, l’organisation rappelle que chaque État reste souverain dans ses décisions, notamment en matière de sanctions ou de politique de visas.
Sur le plan institutionnel, le RPH rejette catégoriquement toute solution dictée par la conjoncture politique ou par des pressions diplomatiques. Se référant explicitement à la Constitution de 1987 amendée, notamment à son article 149, l’organisation soutient que la seule voie légitime pour sortir de l’impasse reste la Cour de cassation. Ni le KPT, ni l’ancien Premier ministre Ariel Henry, ni aucun mot d’ordre d’ambassade ne saurait se substituer aux mécanismes constitutionnels.
Enfin, le RPH revient sur l’Accord du Montana, qu’il reconnaît comme un effort politique initial, mais estime que son application partielle et biaisée a contribué à l’échec de la transition. Le consensus du 3 avril 2024, rappelle-t-il, n’a pas été respecté dans son esprit ni dans sa lettre, ouvrant la voie à une gouvernance contestée et inefficace.
Pour le Rassemblement des Patriotes Haïtiens, la fin de la transition passe impérativement par un retour à l’ordre constitutionnel, une clarification institutionnelle et des décisions courageuses prises dans l’intérêt exclusif de la nation haïtienne. À défaut, prévient-il, la crise actuelle risque de s’enliser davantage, au détriment d’un peuple déjà éprouvé.
Wandy Love Lalanne