À l’initiative du Conseil présidentiel de transition (CPT), les assises du Dialogue inter-haïtien se sont ouvertes à l’hôtel Montana dans un climat de gravité politique, à quelques jours d’une échéance jugée décisive pour l’avenir institutionnel du pays : le 7 février 2026.
Dans son discours d’ouverture, Edgard Leblanc, l’un des membres du Conseil présidentiel de transition, a donné le ton. Devant des représentants de partis politiques et d’organisations sociopolitiques, il a rappelé que cette date marquera la fin du mandat des institutions issues de l’Accord du 3 avril 2024. À compter de ce moment, a-t-il averti, l’ensemble du dispositif transitoire deviendra caduc et ne pourra plus, en aucun cas, continuer à exercer une autorité légitime au nom de la République.
Selon lui, seul un nouvel accord politique, négocié et accepté par les forces vives de la nation, pourra redéfinir la gouvernance du pays et donner un mandat légal aux autorités chargées d’assurer la continuité de l’État. C’est dans cette perspective que le Dialogue inter-haïtien a été convoqué, après une série de réunions bilatérales ayant réuni onze regroupements d’organisations préoccupées par la dégradation de la situation politique et sécuritaire.
Pendant trois jours d’échanges, les participants sont appelés à dégager, par le dialogue et la concertation, les bases d’un nouvel accord capable de garantir une passation pacifique et ordonnée du pouvoir le 7 février 2026. Il a insisté sur la nécessité d’éviter à la fois les coups de force internes et toute solution imposée de l’extérieur, qu’il a qualifiés de voies sans issue pour Haïti.
Les travaux devront notamment porter sur l’architecture de l’exécutif de la transition post-7 février, monocéphale ou bicéphale, sur les profils et critères de sélection des nouvelles autorités, ainsi que sur les mécanismes à mettre en place pour assurer la sécurité sur l’ensemble du territoire et créer un environnement favorable à l’organisation d’élections crédibles. Ces réflexions s’inscrivent dans un contexte marqué, selon Edgard Leblanc, par une ingérence persistante de puissances étrangères dans les affaires nationales.
Au-delà des choix institutionnels, monsieur Leblanc a souligné l’enjeu politique majeur de ces assises. Les décisions qui en découleront devront être suffisamment fortes pour s’imposer face aux tentations autoritaires et aux acteurs accusés de servir des intérêts extérieurs. Selon lui, l’engagement collectif qui sera signé à l’issue du Dialogue inter-haïtien pourrait modifier le rapport de force et préserver le pays d’une nouvelle rupture institutionnelle.
Dans un plaidoyer appuyé en faveur du dialogue politique, il a rappelé que l’incapacité des acteurs haïtiens à se parler et à se faire confiance constitue l’une des causes profondes de l’instabilité chronique du pays. De 1986 à 2026, après quarante années de transition démocratique inachevée, Haïti peine encore à trouver une véritable formule de départ. Sans dialogue permanent, a-t-il averti, le pays restera enfermé dans un cycle de crises répétitives.
Le discours s’est également voulu un rappel ferme des principes de souveraineté nationale. « Les pays n’ont pas d’amis, mais des intérêts », a martelé Edgard Leblanc, appelant à une lucidité accrue dans les relations internationales et à une défense sans compromis de l’indépendance du pays. Il a insisté sur la responsabilité historique des Haïtiens face à leur propre destin.
« Seuls les Haïtiens ont l’obligation et la responsabilité de sauver Haïti », a-t-il conclu, avant de déclarer officiellement ouvertes les assises du Dialogue inter-haïtien, présentées comme une étape cruciale pour éviter le chaos et poser les bases d’une transition fondée sur le consensus, la souveraineté et la paix civile.
Christnoude BEAUPLAN