À quelques heures du 7 février, Haïti semble suspendu dans un silence inquiet. Dans les rues de Port-au-Prince, les conversations tournent autour de cette seule question : que se passera-t-il demain ? Le pays s’apprête à franchir un nouveau cap, mais à quel prix ?
L’article 148 prévoit que si le président est temporairement empêché d’exercer ses fonctions, le Conseil des Ministres sous la direction du Premier Ministre assure la continuité du pouvoir. L’article 149 précise que si la vacance du pouvoir est définitive (décès, démission ou incapacité permanente), c’est le Conseil des Ministres, toujours dirigé par le Premier Ministre, qui assume le pouvoir jusqu’à l’élection d’un nouveau président. Les délais pour organiser cette élection sont strictement encadrés : elle doit se tenir entre 60 et 120 jours après l’ouverture de la vacance. L’article 149‑1 encadre le mandat provisoire et son rôle dans la légitimité électorale, tandis que l’article 149‑2 suspend certaines procédures parlementaires pour garantir que l’intérim puisse se dérouler sans blocage.
Sur le papier, le mécanisme est simple et clair. Mais la Constitution suppose des institutions solides et des acteurs politiques responsables. Or, dans la réalité haïtienne, le texte est confronté à la fragilité des structures étatiques, aux luttes de pouvoir et aux pressions externes.
Après l’assassinat de Jovenel Moïse en 2021, Haïti a connu une rupture brutale entre la loi et la pratique. Le Sénat était incomplet, incapable d’assurer l’intérim ; la Cour de cassation s’est retrouvée en première ligne, mais sans véritable cadre ni soutien pour gérer le pays. C’est dans ce vide que la communauté internationale et certaines forces internes ont imposé la création du Conseil présidentiel de transition (CPT).
Le CPT, dans sa conception, est anticonstitutionnel. Il a été installé pour contourner les mécanismes clairs prévus par la Constitution et maintenir le pays à flot, mais il n’a jamais été élu, et sa légitimité reste contestée. Plutôt que de respecter le texte fondamental, le pays a été contraint à une improvisation politique qui laisse des cicatrices profondes.
Aujourd’hui, à la veille du 7 février 2026, le pays est à nouveau face à ce dilemme. Le CPT arrive au terme de son mandat sans avoir réussi à organiser les élections. Demain, le risque est que l’on retombe dans les mêmes pratiques, voire pire : un pouvoir intérimaire imposé par des intérêts, un pays qui se fragmente davantage, et une population laissée en suspens.
Le constat est amer. Le pouvoir semble à vendre, manipulé par des forces internes et externes, tandis que les institutions constitutionnelles sont contournées. Le pays s’enterre de plus en plus dans l’incertitude, et la Constitution, censée protéger le peuple et assurer la continuité de l’État, semble impuissante face à la réalité politique.
La question qui plane sur Haïti aujourd’hui est simple mais terrible : la Constitution est-elle encore capable de protéger ce pays, ou ne sert-elle que de décor face à des acteurs politiques qui ignorent sa raison d’être ?
Christnoude BEAUPLAN