Dans une intervention accordée à l’émission Le Rendez-vous, diffusée sur Gazette Haïti News, l’ancien diplomate américain d’origine haïtienne Pierre Antoine Louis a livré une analyse approfondie de l’arrestation de Réginald Boulos par les autorités américaines. Ce dernier, homme d’affaires haïtien bien connu et ancien candidat à la présidence d’Haïti, a été interpellé à son domicile dans le sud de la Floride et transféré au centre de détention Krome North à Miami.
Selon les informations communiquées par les services d’immigration américains (ICE), Réginald Boulos est accusé d’avoir soutenu ou financé des groupes armés opérant en Haïti, qualifiés de « terroristes » par les autorités fédérales. Cette arrestation fait suite à une surveillance des agences de sécurité américaines visant des personnalités soupçonnées de contribuer à l’instabilité politique et sécuritaire en Haïti.
Ancien citoyen américain, Réginald Boulos avait renoncé volontairement à sa nationalité afin de se conformer aux dispositions de la Constitution haïtienne, qui interdit la double nationalité pour les candidats à la Présidence. Ce renoncement lui avait toutefois permis de conserver un statut de résident permanent (carte verte) aux États-Unis. Ce statut, bien que légalement valide, n’offre pas la même protection que la citoyenneté américaine. En cas de violation des lois sur la sécurité nationale, il peut être révoqué, ouvrant la voie à une procédure de détention et de déportation. C’est dans ce cadre que les autorités américaines ont agi, estimant que Boulos représentait un risque pour les intérêts de politique étrangère des États-Unis.
Dans cette ligne d’idée, un ancien diplomate américain, politologue et avocat au barreau de New York, Pierre Antoine Louis, a déclaré que Réginald Boulos est plus haïtien que Trump ne serait américain, vu que ce dernier est issu d’une famille de migrants alors que Boulos a renié sa nationalité que lui a conféré son droit du sol -étant né aux États-Unis – pour embrasser la nationalité haïtienne, qu’il réclame légitimement par le droit du sang.
Dans un communiqué, l’ICE a confirmé que Boulos est visé par des accusations de fraude documentaire liée à l’omission d’informations dans ses dossiers d’immigration, en plus des soupçons de soutien à des groupes violents en Haïti. Le Département d’État américain a soutenu cette démarche, évoquant des « activités incompatibles avec le maintien d’un statut légal aux États-Unis ». En parallèle, en Haïti, Boulos est également cité par l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC) dans le cadre d’enquêtes sur des détournements présumés de fonds publics liés à des prêts gouvernementaux.
Lors de son intervention, Pierre Antoine Louis a rappelé que les formulaires d’immigration américaine ne questionnent pas l’appartenance politique des demandeurs, sauf en cas de lien avec des organisations communistes ou anti-américaines. Selon lui, « le cas de Réginald Boulos relève donc d’une évaluation sécuritaire, et non idéologique ». Il a également souligné que le choix de Boulos de renoncer à sa citoyenneté américaine pour se conformer aux lois haïtiennes a eu pour effet de le placer dans une situation de vulnérabilité juridique. « Un citoyen américain ne pourrait pas faire l’objet d’une telle procédure d’expulsion », a-t-il précisé.
Pour l’heure, aucune charge criminelle formelle n’a été déposée devant un tribunal américain. Boulos demeure en détention administrative dans l’attente d’une audience devant les services de l’immigration. Sa défense pourrait tenter de contester les accusations ou de demander un réexamen de son statut. Cette affaire suscite une attention particulière dans les
milieux diplomatiques et politiques, en raison des implications qu’elle pourrait avoir
sur les relations bilatérales entre Haïti et les États-Unis, ainsi que sur les ressortissants haïtiens disposant de statuts légaux spéciaux sur le sol américain.