Victor Hugo affirmait que : « Lire, c’est boire et manger. L’esprit qui ne lit pas maigrit comme le corps qui ne mange pas » ? De nos jours, nombreux sont ceux qui exhortent les jeunes à s’intéresser à la lecture. Il est donc évident que sans lecture , il devient difficile de maîtriser et d’exceller dans un domaine spécifique.
La manière dont la lecture se place dépend fortement du contexte culturel dans lequel elle s’inscrit. Dans certaines sociétés, lire est vu comme un signe d’élévation intellectuelle, un acte noble, parfois même spirituel. Ailleurs, c’est perçu comme quelque chose de réservé à une élite, ou comme une activité peu valorisée dans la vie quotidienne. La culture influence aussi ce que l’on lit. À titre d’exemple, dans certains pays, ce sont les textes religieux ou traditionnels qui dominent ; dans d’autres, la lecture scientifique, académique ou de loisirs est plus encouragée. Ce que l’on considère comme une bonne lecture dépend donc largement de nos repères culturels. La lecture ne se vit pas toujours de façon individuelle. Dans certaines cultures, la parole prime, et lire ensemble, à voix haute, est encore une pratique courante.
Dans les sociétés marquées par la colonisation ou les inégalités sociales, comme Haïti, lire peut être perçu comme un privilège, parfois même comme un marqueur social. Et lorsque l’accès au livre est limité, lire devient un acte presque militant.
_Nécessité d’imposer la lecture en Haïti_
En Haïti, lire, est presqu’un combat. Un truc qu’il faut arracher, chercher, maintenir de force parfois. Le contexte général d’évolution de la société rend la lecture difficile, compliquée, parfois inaccessible.
D’abord, il y a la question des livres eux-mêmes qui ne sont pas accessibles à tous, soit le pouvoir d’achat, soit la disponibilité ou encore l’absence de politique visant à encourager la lecture. Ainsi, quand il n’y a pas de bibliothèque disponible, ou que l’accès aux livres est difficile, lire devient un luxe, un rêve lointain.
Ensuite, il y a la réalité sociale. Quand la priorité c’est manger, payer l’école, survivre, la lecture peut paraître comme un caprice. Ce n’est pas qu’elle n’est pas importante, mais elle n’est pas urgente pour ceux qui luttent chaque jour pour leur survie.
Dans cet univers problématique, l’école peut paraître fautive aussi, car au lieu de nourrir le goût de lire, elle le tue parfois. On y lit pour réciter, pour passer l’examen, pas pour comprendre, réfléchir, encore moins pour le plaisir. Et c’est dommage, parce que c’est là que tout pourrait commencer.
Il est aussi impératif de souligner l’absence de la culture de la lecture dans bien de familles où un livre ouvert peut même sembler bizarre. Sans modèle, sans encouragement, comment créer l’habitude!?
La question de la langue, en ce sens, devient un aspect important à cibler aussi. Le français, langue dominante des livres, reste encore une langue étrangère pour beaucoup. On comprend mieux en créole, on pense en créole, mais les livres, de quelque champ que ce soient, sont presqu’ exclusivement en français.
Malgré ce constat, il y a des jeunes, des femmes, des hommes, qui ne lâchent pas les armes. Qui se battent pour garder ce créneau que leur représente la lecture. Des personnes qui partagent un livre à deux, qui marchent des kilomètres pour emprunter un roman, qui économisent pour n’en acheter qu’un seul. Lire en Haïti, c’est choisir d’exister autrement. C’est se former tout seul parfois, refuser de rester prisonnier de ce qu’on vit.
En somme, lire n’est pas seulement tourner des pages. C’est résister. C’est chercher une lumière quand il n’y en a pas. C’est rêver un peu plus loin, même si tout autour pousse à abandonner.
Christnoude BEAUPLAN