Le lit a toujours été un terrain de négociation clandestine. Dans la musique, dans la politique, dans l’entreprise, on a fait croire à certains que la réussite se gagne plus vite en ouvrant les jambes qu’en ouvrant un livre. Illusion pathétique. Car kraze pa garanti siksè. Le sexe ne transforme pas une voix médiocre en talent mondial, ni une incompétence criante en génie respecté. À la vérité, le lit ne construit pas des carrières : il ne fait que froisser des draps et des réputations.
Il faut le dire avec brutalité : coucher n’est pas un plan de carrière, c’est une diversion. Ça donne l’illusion d’avancer, comme une paille qui fait croire qu’on boit l’océan. Quelques minutes d’extase contre une éternité de soupçons. Et au matin, que reste-t-il ? Rien, si ce n’est une tache invisible sur la peau, une odeur persistante de compromis, et ce regard du public qui devine mais ne dit rien. Car le public est impitoyable : il achète le talent, pas la sueur entre deux cuisses.
Le sexe, dans le monde du pouvoir, est une monnaie de singe. Elle s’échange vite, se dévalue encore plus vite. Aujourd’hui, tu es l’objet de toutes les attentions ; demain, tu n’es qu’un corps parmi tant d’autres. Le désir n’a pas de loyauté. Et pendant que tu danses sur ce fil fragile, croyant tenir la gloire par les reins, une autre plus jeune, plus naïve ou simplement plus disponible vient te remplacer. Tu deviens une pièce d’usure, consommée puis jetée.
Ce qu’il y a de plus cruel dans cette histoire, ce n’est pas seulement l’humiliation publique ou la perte de crédibilité, mais la dette invisible que ce pacte scelle. Coucher pour réussir, c’est signer un contrat dont les clauses ne s’arrêtent jamais : chaque faveur appelle une nouvelle faveur. Tu crois avoir acheté ton ticket d’entrée, mais on t’impose un abonnement à vie. Et plus tu “paye”, moins tu vaux. Car le respect, lui, s’évapore à chaque nuit de transaction.
La réussite véritable ne se mesure pas au nombre de matelas traversés, mais à la solidité d’un nom, à la constance d’un talent, à la beauté d’un travail qui résiste au temps. On n’écrit pas l’histoire avec un orgasme, mais avec une discipline. On ne bâtit pas un héritage avec une caresse clandestine, mais avec une vision. Et c’est là que le bât blesse : ceux qui parient tout sur leur corps découvrent, souvent trop tard, que la mémoire collective n’est jamais tendre avec les illusionnistes.
Il faut donc le dire sans détour, sans poudre aux yeux, avec cette vérité nue qui choque : le lit est un piège. Il offre la chaleur d’un instant, mais jamais la lumière durable. Celles et ceux qui s’y accrochent finissent par payer le prix fort : la dignité, le respect, et parfois même l’âme. Le succès n’a jamais trouvé sa place dans un orgasme négocié. Et si tu doutes encore, regarde autour de toi : combien de carrières ont survécu aux rumeurs de “promotion horizontale” ? Très peu.
Kraze pa garanti siksè. Cette phrase devrait s’écrire en lettres de feu sur les murs des studios, des ministères et des open-spaces. Car si le sexe peut donner une chambre d’hôtel, il ne donnera jamais une place dans l’histoire.
Landy T.