Ce matin, je me suis réveillée vers six heures, le corps en compote. Deux jours de travail intensif à enchaîner réunions, enfants, études, famille… Je suis à bout. Épuisée.
Il y a deux semaines, une amie m’avait glissé : « Tu devrais t’offrir un Me time. Voyage un peu. Ta vie ne peut pas tourner uniquement autour de ton boulot et des enfants. » Sur le coup, je l’ai trouvée égoïste. Me mettre en pause ? Impensable.
Et puis hier… J’ai envoyé un dossier au mauvais bureau, oublié un autre projet important. J’étais à deux doigts de craquer pour de bon. J’ai voulu voler plus haut, mais j’ai failli tomber plus bas.
Heureusement, un petit oiseau, peut-être celui de la sagesse, m’a rattrapée au vol. Et c’est ainsi que mon Me time s’est imposé, tout doucement.
J’ai repris mes livres, sans pression. Je me suis remise à faire du sport le matin, juste pour le plaisir. Mes bains sont devenus plus longs, plus doux. Je recommence à respirer. Et, sans trop savoir comment, je me sens vivante. Épanouie.
Morale de l’histoire : En Haïti, le Me time est souvent relégué au second plan, presque considéré comme un luxe inutile. Pris dans la course à la survie, jeunes comme adultes s’oublient, s’effacent derrière les responsabilités, les sacrifices, les attentes. Beaucoup cessent de vivre vraiment après la naissance des enfants. Ils fuient ce face-à-face avec eux-mêmes. Ils s’humilient à force de ne plus exister que pour les autres.
Pourtant, il se pourrait bien que la clé de leur équilibre, de leur paix intérieure, se cache justement là : dans ce temps pour soi, volé au chaos du quotidien. Ce moment de pause, où l’on se retrouve, sans masque, sans rôle à jouer.
Il y a des jours où tout s’enchaîne. On court d’un rendez-vous à l’autre, on répond à mille sollicitations, on pense à tout… sauf à soi. Et pourtant, dans tout ce bruit, notre corps, notre cœur, notre esprit nous réclament. Doucement. Discrètement. Et si on les écoutait ?
Car au fond, ce n’est pas juste une pause. C’est un rendez-vous avec soi-même. Un moment volé au tumulte pour souffler, ressentir, se recentrer. Lire un livre, marcher en silence, boire son café sans téléphone, écouter sa musique préférée… ou juste ne rien faire. Et c’est très bien comme ça.
On croit souvent qu’il faut mériter ce moment. Qu’il vient après l’effort. Qu’il est égoïste. Mais non. Le Me time n’est pas un luxe. C’est un besoin. Parce qu’on ne peut pas tout donner aux autres si on ne se donne rien à soi.
Chez nous, dans nos réalités souvent tendues, dans cette course à la survie ou à la réussite, prendre du temps pour soi peut paraître déplacé. Pourtant, c’est une manière douce de rester debout, de se préserver. Et surtout, de se rappeler qu’on existe, au-delà des rôles qu’on joue au quotidien.
Alors, que ce soit cinq minutes ou une heure, chaque instant qu’on s’offre est une preuve d’amour envers soi-même. Le *Me time*, c’est ça : une petite lumière qu’on allume en soi, quand le monde devient trop lourd.
Et si, aujourd’hui, tu t’accordais ce moment ?
Christnoude BEAUPLAN