Nous vivons à une époque où tout semble aller de travers en Haïti. L’insécurité, la précarité, le désordre systémique sont devenus des refrains que l’on chante presque machinalement. À tel point que dire le contraire paraît déplacé. Presque naïf.
Aujourd’hui, il est devenu plus « normal » de parler de ce qui va mal que de ce qui va bien. Dans les textes, dans les images, dans les conversations, Haïti est souvent réduite à ses douleurs. Une décharge à ciel ouvert. Un pays perdu. Et même quand on croit bien faire, la tentation du noir absolu reste forte, comme si montrer une lueur devenait suspect.
Pourtant, dans ce climat pesant, il est urgent de réapprendre à produire autrement. À divulguer les informations concernant le pays autrement.
Ceux qui écrivent, ceux qui parlent, ceux qui filment, ceux qui forment — tous ceux qui ont une voix — ont aussi un rôle à jouer : celui de ne pas contribuer à l’effondrement collectif de l’espoir. Critiquer, oui. Mais critiquer pour construire, pas pour écraser.
Parce qu’il y a une différence entre pointer du doigt et tendre la main. Entre documenter le réel et l’enfermer dans une fatalité. Entre dire la vérité et entretenir le désespoir.
La critique constructive ne nie pas la gravité des choses. Elle ne maquille pas la souffrance. Mais elle choisit de porter un regard qui élève, qui corrige sans anéantir, qui voit dans chaque faille un appel à la réparation. C’est ce regard-là que notre pays mérite. Et c’est ce regard-là que nous devons choisir de porter, même quand tout semble perdu.
Dans ce temps où parler d’Haïti revient trop souvent à parler de tout ce qui ne va pas, produire de la parole juste, équilibrée, lucide mais tournée vers la solution, devient un acte de résistance.
Ce n’est pas trahir la réalité. C’est refuser de la laisser nous étouffer.
Christnoude BEAUPLAN