J’aurais aimé ne pas voir le jour. Ne pas être lancé dans cette grande farce qu’on appelle vie. Un monde où même le choix, ce droit qu’on croit fondamental, n’est qu’un mirage bien orchestré. On ne choisit pas de naître. On ne choisit pas son nom, sa couleur, son lieu de départ. Et à peine ouvre-t-on les yeux que déjà, tout est tracé, tout est décidé pour nous.
On parle de liberté, mais tout vous pousse à suivre un sentier battu. Ne pas choisir, c’est s’exclure. Choisir différemment, c’est être condamné. Alors on vous dit : va à l’école, travaille dur, sois patient. L’école classique, puis l’université, comme des paliers d’un escalier vers un après dont personne ne connaît vraiment la destination.
Mais une fois l’ascension terminée, que reste-t-il ? Des diplômes suspendus dans le vide, des rêves en veille, un monde qui ne vous attendait pas. Cet avenir qu’on m’a vendu comme radieux me fait douter, me fatigue, me trahit. Tout ce qu’on m’a appris semble inutile devant l’impasse du réel.
Alors oui, j’aurais aimé ne pas naître. Parce que vivre dans ce monde, c’est apprendre à encaisser sans mode d’emploi. C’est sourire quand on est brisé. C’est marcher droit dans un système tordu. Parce que parfois, la vie elle-même ressemble à une trahison. Une garce aux promesses douces, mais aux réalités cruelles.
J’aurais aimé avoir le choix.
J’aurais aimé ne pas voir cette mascarade. Ce théâtre bancal qu’on appelle humanité, ce faux-semblant de combat pour l’égalité. Le droit de voyager ? Une illusion cruelle. Je vois des corps chavirer, des visages engloutis par l’océan, tout ça pour un «demain miyò» dans des pays qui ne veulent même pas d’eux. Où est le choix, quand le départ est une fuite et l’arrivée, un rejet ?
J’aurais aimé être aveugle, ne serait-ce qu’un instant. Ne pas voir ces silhouettes brisées, hommes et femmes qu’on dit créés à l’image de Dieu, étendre leurs mains dans les rues comme des ombres qu’on refuse de nommer. Ne pas les voir m’aurait peut-être épargné les questions assassines : pourquoi ne travaillent-ils pas ? Pourquoi enfanter si l’on ne peut même pas nourrir ?
J’aurais aimé pouvoir remonter aux racines de cette misère. Défaire les nœuds de l’injustice, comprendre pourquoi tant de douleur s’éternise. Éteindre les flammes de la haine, les envies de guerre, les silences complices. J’aurais aimé naître dans un monde où l’on apprend à aimer avant d’obéir, à construire avant de détruire.
J’aurais aimé… J’aurais tellement aimé…
Mais dans cette vie, on ne m’a pas laissé le luxe du choix.
Christnoude BEAUPLAN
J’aimerais posséder votre capacité à dompter les mots, à les maîtriser avec tant d’élégance et de justesse.
C’est une aptitude rare : à peine dix personnes sur cent en sont véritablement dotées.
J’aimerais être à votre place lorsque vous tenez une plume.
Sur ce, je vous accorde la note de 9 sur 10 (une appréciation purement personnelle).