Chaque 21 juin, le monde entier célèbre la Fête de la Musique, un événement devenu incontournable pour rendre hommage à cet art universel qui transcende les frontières, les langues et les générations. En Haïti, cette célébration revêt une dimension toute particulière : la musique y est plus qu’un art, elle est une respiration, une manière d’exister, de résister, d’aimer et d’espérer.
Lancée en France en 1982, à l’initiative du ministre de la Culture Jack Lang, la Fête de la Musique visait à démocratiser l’expression musicale, en encourageant les artistes de tous horizons à se produire gratuitement dans les rues. Depuis, elle a conquis plus de 120 pays, dont Haïti, où cette journée a longtemps été l’occasion de faire résonner les tambours, les guitares, les voix et les chœurs dans une effervescence populaire et joyeuse.
En Haïti, la musique est omniprésente : elle se chante, se danse, se vit au quotidien. Du compas au rara, du twoubadou au rap kreyòl, en passant par la mizik rasin, elle incarne l’âme du peuple. Elle est un exutoire, un vecteur de mémoire, un acte de résistance, un outil de célébration. « Mizik se lavi. Se li ki ba nou fòs chak jou. »
Malheureusement, depuis plusieurs années, la Fête de la Musique ne se déroule plus avec l’éclat et la liberté d’antan. L’insécurité persistante freine les initiatives, fait fuir les foules et oblige de nombreux artistes à rester à l’étranger.
Certains membres de la diaspora, pourtant passionnément attachés à leur terre natale, ne peuvent plus rentrer en Haïti, malgré leur désir de partager leur art et de célébrer avec leur peuple. Quelques-uns, courageusement, bravent les risques pour faire le déplacement, mais les scènes sont plus rares, les festivités plus discrètes.
Face à cette réalité, les promoteurs culturels ne baissent pas les bras. Ils organisent, parfois à huis clos ou dans des conditions précaires, des concerts, des performances et des ateliers musicaux. Ils utilisent les réseaux sociaux, les radios communautaires, les lives en ligne pour que la fête continue, au moins symboliquement.
Mais soyons lucides : la Fête de la Musique en Haïti ne résonne plus aussi fort qu’elle le devrait. L’ambiance de liesse s’estompe sous les menaces, et la célébration devient un acte de résistance plutôt qu’un simple événement festif.
Et pourtant, malgré tout, la musique haïtienne ne meurt pas. Elle survit. Elle se transforme. Elle continue de faire danser, pleurer, espérer. Elle vit dans les maisons, les églises, les coins de rue, les vidéos TikTok, les appels WhatsApp et les souvenirs. Elle franchit les frontières et porte haut les couleurs d’Haïti.
Elle est la preuve que la culture ne se soumet pas.
En ces temps difficiles, la Fête de la Musique en Haïti prend un tout autre sens. Elle devient un moment de réflexion, un rappel de ce que nous avons été, de ce que nous pouvons redevenir. Elle nous pousse à rêver d’un pays où les artistes pourront chanter sans craindre pour leur vie, où les scènes seront libres, où la musique pourra de nouveau résonner en paix dans les rues.
En ce 21 juin, malgré les défis, malgré les absences, malgré les silences, célébrons la musique haïtienne. Elle est notre fierté, notre langue commune, notre force tranquille. Souhaitons qu’un jour prochain, la Fête de la Musique retrouve toute sa splendeur en Haïti. Et en attendant, continuons à faire vivre cette musique qui, même dans l’ombre, brille toujours d’un feu puissant.
Landy T.
La fête de la musique pas une fête au hasard mais une révélation a la liberté de la musique haïtienne