Le plus récent Government AI Readiness Index 2023 publié par l’organisation britannique Oxford Insights dresse un constat préoccupant pour Haïti : le pays occupe la 184ᵉ place sur 188 nations, avec un score de 29,97 points sur 100. Cet indice mesure la capacité des gouvernements à intégrer l’Intelligence artificielle (IA) dans les services publics, à travers trois volets : la gouvernance, la capacité technologique et l’infrastructure numérique. Dans la région des Caraïbes, Haïti figure parmi les pays les moins préparés à exploiter le potentiel de cette révolution technologique.
Cette position très basse résulte de plusieurs faiblesses persistantes. Le pays ne dispose pas encore d’une stratégie nationale d’intelligence artificielle, ni de cadre réglementaire solide pour encadrer l’innovation numérique. Le secteur technologique local demeure peu structuré et manque de ressources pour développer des solutions fondées sur l’IA. Par ailleurs, les infrastructures numériques limitées, la rareté de données fiables et la faiblesse du capital humain dans ce domaine freinent toute initiative publique ou privée.
Des conséquences inquiétantes pour le développement national
Ce retard technologique risque d’accentuer la fracture entre Haïti et les nations qui investissent massivement dans l’IA. En restant à la marge, le pays passe à côté d’opportunités majeures : modernisation de l’administration, amélioration des services publics, lutte contre la corruption, ou encore gestion intelligente des ressources. L’absence de politiques en ce sens compromet aussi la capacité du pays à attirer des investissements étrangers et à créer des emplois qualifiés pour sa jeunesse.
L’analyse de Kesner Pharel dans l’émission ProFin
Dans son émission économique ProFin diffusée sur YouTube, l’économiste Kesner Pharel a commenté ce classement en soulignant qu’il s’agit d’un véritable « signal d’alarme ». Selon lui, le manque de vision politique, de planification stratégique et d’investissement adéquat empêche Haïti de tirer profit des technologies émergentes. Il appelle à une mobilisation nationale impliquant l’État, le secteur privé et la société civile afin de « ne pas laisser l’IA aux autres seulement ». Toutefois, son intervention reste davantage un cri d’alerte qu’une feuille de route précise, sans propositions concrètes à court terme.
Vers une nécessaire stratégie nationale d’IA
Pour inverser la tendance, Haïti doit impérativement adopter une stratégie nationale d’intelligence artificielle, soutenue par une politique d’éducation numérique ambitieuse. Il s’agit de renforcer les infrastructures technologiques, d’ouvrir l’accès aux données publiques et de former des spécialistes capables de concevoir des solutions locales. En s’appuyant sur sa jeunesse, sa diaspora et des partenariats régionaux, le pays pourrait amorcer une véritable transition numérique. Le classement actuel n’est pas une fatalité : il peut devenir le point de départ d’une transformation audacieuse vers une Haïti connectée et compétitive.
LM