L’anthropologue haïtien Jean Coulanges est décédé le lundi 5 janvier 2026, selon une information rapportée par Haiti Press Network (HPN), citant une source au sein du ministère de la Culture. En l’absence, à l’heure de la publication, d’une confirmation officielle des autorités ou d’une dépêche d’agence internationale, la nouvelle a néanmoins suscité une vague d’émotion et d’hommages dans les milieux intellectuels, culturels et universitaires, notamment sur les réseaux sociaux.
Figure majeure de l’anthropologie culturelle haïtienne, Jean Coulanges s’est imposé surtout dans l’Haïti de l’après-Duvalier, période marquée par une quête de réappropriation identitaire et de liberté d’expression, tant clouée sous le règne des « Tonton Makout ».
C’est dans ce contexte de transition démocratique et de redécouverte des cultures populaires longtemps marginalisées qu’il a approfondi ses recherches sur le rara, les traditions musicales et les pratiques rituelles, contribuant à leur légitimation scientifique et symbolique. Professeur associé à l’Université d’État d’Haïti (UEH), il a formé plusieurs générations d’étudiants à une anthropologie ancrée dans le terrain et attentive aux voix populaires.
Après la chute de la dictature, Jean Coulanges a joué un rôle clé dans le renouvellement du regard porté sur le vodou et les expressions culturelles issues des classes populaires. Ses travaux ont mis en lumière les continuités historiques et symboliques entre les pratiques rituelles, la musique et les dynamiques sociales contemporaines. Refusant toute folklorisation, il analysait ces expressions comme des espaces de résistance, de mémoire et de construction identitaire, inscrivant ses recherches dans le prolongement critique de l’indigénisme tout en dialoguant avec les enjeux de la modernité.
Parallèlement à son parcours académique, Jean Coulanges était aussi un homme de scène et de transmission, en Haïti comme à l’étranger. Chanteur engagé, il s’est investi dans la sauvegarde des chants patrimoniaux liés aux univers religieux et rituels, en particulier ceux du vodou, qu’il jugeait menacés par l’oubli et l’uniformisation culturelle dans l’Haïti post-Duvalier. Cette démarche s’est concrétisée notamment par la publication, en 2013, du CD Anonse, sous le conseil de ses amis, consacré aux hymnes du patrimoine rituel haïtien, devenu une référence pour les chercheurs et les praticiens.
La mort de ce grand homme laisse un vide profond dans le champ intellectuel haïtien. Mapou de la culture populaire, il aura consacré sa vie à documenter, analyser et transmettre un patrimoine immatériel longtemps dévalorisé, à la croisée de la recherche scientifique et de la création artistique.
Ses oeuvres demeurent dans ses écrits, ses enregistrements, et dans la mémoire collective de celles et ceux qui, après les Duvalier, ont trouvé en lui une voix lucide et engagée pour penser l’Haïti culturelle.
LM