Sur TikTok, une chanson en particulier est devenue un exutoire. Papaoutai, interprété récemment en cover par Arsène Mukendi Tchilombo, a ravivé une vague de vidéos poignantes, où de nombreuses jeunes filles haïtiennes exposent une blessure longtemps contenue : l’absence du père. Si l’application est généralement utilisée pour le divertissement, certains trends comme celui-ci deviennent des espaces de parole intimes, où se mêlent douleur, nostalgie et quête de reconnaissance.
Dans ces vidéos, certaines filles glorifient leur père malgré son absence, tentant de lui rendre hommage à travers des photos, des gestes symboliques ou des mots tendres. D’autres, en revanche, dénoncent avec amertume cette figure paternelle qui n’a pas su, ou voulu, être présente. Le refrain entêtant «Dites-moi où est papa, sans même lui parler, il sait ce qu’il ne va pas» devient alors le miroir d’un cri générationnel.
Ce phénomène met en lumière une réalité sociale lourde en Haïti et c’est celle de la paternité défaillante, souvent banalisée. Dans un contexte marqué par les crises économiques, l’instabilité politique et la précarité des familles, de nombreux hommes s’éclipsent de leurs responsabilités parentales, laissant les mères porter seules le poids de l’éducation.
Mais au-delà de la dénonciation, ces vidéos traduisent aussi un besoin profond de dialogue. Ce que ces jeunes filles demandent, c’est moins une condamnation qu’une reconnaissance. Elles réclament que l’on prenne au sérieux les conséquences de cette absence sur leur développement, leur confiance en elles, leur rapport à l’amour et à l’autorité.
Là où les mots manquent souvent dans la sphère familiale, TikTok devient une scène thérapeutique, une forme de témoignage public. C’est aussi un appel aux institutions, aux éducateurs, aux parents, les blessures liées à l’abandon ne disparaissent pas dans le silence. Elles se transforment, parfois, en vidéos virales.
Ce trend soulève enfin une question essentielle : peut-on continuer à minimiser la responsabilité paternelle dans l’équilibre familial ? Dans une société où l’on encense les mères-courage mais où l’on reste souvent muet sur l’absence des pères, ce mouvement digital ouvre une brèche. Et dans cette brèche, c’est toute une jeunesse qui cherche à comprendre, à pardonner, ou simplement à guérir.
Christnoude BEAUPLAN