Dans un pays où l’université a longtemps avancé à contre-courant des urgences nationales, un pas symbolique mais décisif a été franchi ce mercredi. À la Villa d’Accueil, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) a procédé à l’installation officielle des membres du Conseil de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, instance stratégique appelée à refonder la gouvernance universitaire haïtienne.
Sous un ciel chargé d’attentes, la cérémonie s’est déroulée en présence du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, de membres du gouvernement, de diplomates et d’acteurs du monde académique. Au-delà du protocole, l’événement a surtout marqué la volonté affichée des autorités de replacer le savoir, la science et la recherche au cœur du projet national : réconcilier l’université avec l’avenir.
Ce conseil constitue l’organe de pilotage de la nouvelle Agence nationale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique (ANESRS), créée pour répondre à une réalité longtemps dénoncée : l’absence d’un cadre cohérent de régulation, d’évaluation et d’assurance de qualité dans l’enseignement supérieur haïtien.
« Il est temps que l’intelligence haïtienne cesse d’être marginalisée », a laissé entendre un responsable gouvernemental en marge de la cérémonie. L’objectif est clair : relever le niveau académique, renforcer la crédibilité des diplômes haïtiens, encourager la recherche appliquée et faire de l’université un véritable moteur de développement.
Le Conseil installé est composé de sept personnalités issues du monde universitaire et scientifique :
Dr Hérold Toussaint, président
Dr Jean Fénol Métellus, vice-président
Dr Jacques Abraham, haut-commissaire à l’Enseignement supérieur et à la Recherche scientifique
Dr Jean Judson Joseph, Secrétaire général
Dr Evens Emmanuel, membre
Dre Ketty Balthazard-Accou, membre
Dr Serge Philippe Pierre, membre
Ces nominations, publiées dans Le Moniteur fin décembre 2025, traduisent la volonté de doter l’institution de compétences capables de dialoguer avec les standards universitaires régionaux et internationaux.
L’installation de ce Conseil intervient dans un contexte où les universités haïtiennes font face à de multiples défis par exemple, précarité structurelle, fuite des cerveaux, faible financement de la recherche, et reconnaissance limitée des diplômes à l’étranger. Pour beaucoup d’enseignants et d’étudiants, cette nouvelle architecture institutionnelle représente un espoir prudent, mais réel.
Reste désormais à transformer l’intention politique en actions concrètes. Car si la science ne sauve pas un pays à elle seule, aucun pays ne se relève durablement sans elle.
Christnoude BEAUPLAN