En Haïti, deux mots circulent dans la peur et le sang: “Viv ansanm.”
Prononcés à voix haute par ceux qui brûlent, pillent et terrorisent, ces mots ont été déformés, vidés de leur humanité. Ils servent aujourd’hui de bannière à la violence, comme si l’union ne pouvait exister qu’autour de la destruction. Mais ces mots ne leur appartiennent pas. Ils n’ont jamais été faits pour tuer, contrôler ou réduire au silence.
Le vrai viv ansanm n’est pas une alliance contre la population. Ce n’est pas une solidarité bâtie sur la peur, ni une cohésion nourrie par la souffrance des autres. Le vrai viv ansanm commence là où la vie est respectée, là où l’autre est reconnu comme un être humain à part entière, et non comme un obstacle à éliminer.
Viv ansanm , c’est accepter que personne ne gagne seul contre tous. Une communauté ne tient pas par la force des armes, mais par la force des liens. Elle tient quand chacun comprend que sa liberté s’arrête là où commence celle de l’autre. Elle tient quand le respect devient une règle non écrite, mais profondément ancrée dans les comportements quotidiens.
Aujourd’hui, notre société paie le prix d’un faux “viv ansanm”, un vivre ensemble de façade, construit sur l’intimidation et la loi du plus fort. Or, une communauté ne fonctionne pas quand elle est gouvernée par la peur. Elle fonctionne quand la confiance circule, quand les voisins se parlent, quand les conflits se règlent par le dialogue, et non par la violence aveugle.
Reprendre le mot “viv ansanm ”, c’est refuser qu’il soit synonyme de chaos. C’est rappeler qu’il signifie partager un même espace avec responsabilité, protéger les plus vulnérables, respecter les règles communes et agir dans l’intérêt collectif. Vivre ensemble, c’est penser au lendemain, aux enfants qui grandissent dans ces quartiers, aux familles qui rêvent simplement de paix et de dignité.
Le vrai viv ansanm exige du courage. Le courage de dire non à la haine, non à la banalisation de la violence, non à l’indifférence. Il exige aussi de chacun une remise en question : comment je parle à mon entourage, comment je traite mon voisin, comment je contribue — même silencieusement — à l’ambiance de ma communauté.
Une société ne s’effondre pas uniquement à cause de ceux qui font le mal, mais aussi à cause de ceux qui oublient de défendre le bien. Vivre ensemble, c’est refuser la loi du chacun pour soi. C’est comprendre que la survie collective passe par l’entraide, la solidarité et l’amour du prochain.
Haïti n’a pas besoin d’un “viv ansanm” armé. Elle a besoin d’un viv ansanm conscient, fondé sur le respect, la justice et la responsabilité partagée. Un vivre ensemble qui guérit au lieu de détruire, qui rassemble au lieu de diviser, qui construit au lieu de brûler.
Il est temps de reprendre ces mots, de les purifier par nos actions, et de leur rendre leur sens originel. Parce que vivre ensemble, le vrai, n’est pas une menace. C’est la seule voie possible vers une communauté stable, humaine et digne.
Landy T.