Plusieurs secteurs politiques, syndicaux et économiques ont rendu publique, le 23 janvier 2025, une position commune sur la situation du pays, à l’approche de l’échéance du 7 février 2026, date marquant la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Cette initiative réunit des partis politiques traditionnels et émergents, des organisations syndicales et des représentants du secteur privé autour d’un cadre proposé pour encadrer la continuité institutionnelle et baliser une sortie ordonnée de la crise.
Du côté politique, le document est signé par l’Alliance pour une Société sans Exclusion (ASE), la Konvansyon Inite Demokratik (KID), Konbit pou Bati Ayiti (KONBA), Nouvelle Orientation (NO), l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL), le Parti Haïtien Tèt Kale (PHTK) et le Rassemblement des Démocrates Nationaux Progressistes (RDNP).
Le secteur syndical est représenté par l’Initiative du Secteur Syndical Haïtien (ISSH), qui regroupe des syndicats de la santé, de l’éducation, des transports, de la sous-traitance, des travailleurs agricoles et du secteur informel, tandis que le secteur privé des affaires participe à travers les Chambres de commerce régionales.
La prise de position intervient dans un contexte marqué par des tensions persistantes entre les deux branches de l’Exécutif, une fragmentation du paysage sociopolitique et une multiplication de propositions concurrentes de sortie de crise. Les signataires réaffirment leur attachement aux décrets des 10 avril et 23 mai 2024, qui fixent au 7 février 2026 le terme du mandat du CPT, et estiment que le respect de cette échéance constitue un élément central de la stabilité institutionnelle.
La déclaration salue les résultats récents enregistrés par les forces nationales de sécurité, notamment la Police nationale d’Haïti (PNH) et les Forces armées d’Haïti (FAD’H), appuyées par la Force de Répression des Gangs, tout en soulignant que ces avancées demeurent étroitement liées à l’existence d’un climat politique stable et prévisible. Selon les signataires, l’incertitude institutionnelle prolongée risquerait de fragiliser les acquis sécuritaires et d’affecter la relance économique.
Sur le plan politique, les acteurs réunis proposent l’élargissement de la concertation aux forces vives du pays afin de parvenir, avant le 7 février 2026, à un consensus national sur un nouveau dispositif de transition. Celui-ci prévoirait la mise en place d’un Exécutif bicéphale composé d’un Président provisoire, choisi selon un mécanisme institutionnel et consensuel, et d’un Premier ministre de consensus chargé de diriger un cabinet ministériel d’austérité, ainsi que la création d’un Conseil d’Arbitrage chargé de prévenir et de gérer les conflits éventuels entre les deux branches de l’Exécutif.
Les signataires recommandent par ailleurs qu’en cas de vacance présidentielle au terme du mandat du CPT, le Conseil des ministres exerce temporairement le pouvoir exécutif. L’Exécutif issu du consensus aurait pour priorités la restauration de la sécurité des vies et des biens et l’organisation des élections, avant de céder la place aux autorités élues prévues pour entrer en fonction le 7 février 2027.
À travers cette déclaration commune, les secteurs signataires entendent proposer un cadre de stabilisation institutionnelle fondé sur le consensus et limité dans le temps, tout en réaffirmant le principe du renouvellement du personnel politique par les urnes. La portée effective de cette initiative dépendra toutefois de sa capacité à rallier un spectre plus large d’acteurs et à se traduire en décisions concrètes dans un contexte encore fortement contraint sur les plans sécuritaire, social et économique.