En Haïti, les choses sérieuses ne se discutent pas toujours autour d’un dossier ou d’un plan stratégique. Bien souvent, elles se dissipent entre les draps d’un pouvoir dévoyé. Ce n’est plus un secret : certains de ceux qui dirigent, légifèrent, signent et promettent, bandent plus pour la conquête intime que pour la construction nationale. Ils ne bandent plus pour le pays. Ils jouissent du prestige du pouvoir. Et pendant qu’ils s’épanouissent dans l’ombre, la République, elle, s’éteint en plein jour.
Ils n’éteignent pas les incendies sociaux, mais allument des corps. Ils n’irriguent pas les terres agricoles, mais maîtrisent les zones érogènes. Ils n’ont pas de solution pour les écoles, mais savent exactement comment s’éduquer à la luxure. Ce n’est pas de la provocation. C’est une vérité dérangeante. Et surtout, une réalité tue.
Dans un pays en faillite de tout de soins, d’infrastructures, d’espoir il y a toujours une abondance discrète : celle des compagnes de circonstance.Tandis que le peuple mendie un minimum vital, certains dirigeants s’offrent le superflu intime.
On parle de nominations. Mais parfois, c’est le lit qui décide du CV.
Il y a quelque chose d’obscène à entendre un peuple crier « Nous avons faim » pendant qu’on susurre « Encore » dans les salons privés. La misère, l’inflation, l’insécurité pendant que d’autres se consolent dans les bras de la distraction tarifée ou consentie. Ce n’est plus un gouvernement. C’est une collection d’hommes qui consomment tout, y compris ce qui ne leur appartient pas.
Pendant ce temps, la République saigne et personne ne pense à lui faire un pansement.Trop occupés à jouir, ils en oublient de servir.
Dans cette version masculine du pouvoir, l’action publique est remplacée par la performance privée.On ne mesure plus la valeur d’un mandat à ses résultats, mais au nombre de corps traversés, d’oreillers marqués, de soupirs extorqués.
Une logique archaïque persiste : « Qui a le pouvoir a droit à toutes les chairs, même celles qu’il n’a pas méritées. »
Ce n’est pas juste une question morale.
C’est une déformation profonde du sens même de la mission politique. Et pendant que certains vivent le pouvoir comme un aphrodisiaque, le peuple, lui, vit la frustration sans anesthésie. La plus grande infidélité, ce n’est pas celle d’un homme à son épouse. C’est celle d’un élu à sa nation.
On lui avait promis la récupération des territoires perdus, on lui donne des chèques pour se rendre en province.
On lui avait promis le courant 24/24 ; désormais, on est passé de Péligre à Carrefour. On lui avait promis la gratuité dans les écoles primaires et les établissements publics, et finalement, on lui a dit : « Lekòl la kraze. » Alors non, le peuple n’est pas cocu. Il est épuisé.Pas par les adultères privés. Mais par les trahisons publiques.
Ce texte ne condamne pas le désir. Il interroge les priorités et ne moralise pas la sexualité. Il dénonce l’hypocrisie.
Le peuple ne demande pas des saints. Il demande des hommes de devoir. Des leaders capables d’aimer une femme, oui, mais capables surtout d’aimer leur patrie jusqu’à se lever pour elle pas seulement se coucher pour d’autres.
Le sexe n’est pas le problème. Mais quand il devient le refuge confortable d’un pouvoir incapable, il est urgent d’en parler.Sans censure. Sans gêne. Sans faux-semblants.
Tant que la jouissance personnelle primera sur le bien commun, le pays restera impuissant. Il est temps que les hommes de pouvoir comprennent ceci : La République n’a pas besoin de performance érotique. Elle a besoin d’élévation. Pas de caresses sous contrat. Mais de courage sans conditions. Car pendant que certains cherchent l’orgasme, le peuple, lui, attend l’orgueil national.
Landy T.