Port-au-Prince, 26 février 2026. Le Programme national de Cantine scolaire (PNCS) amorce un tournant stratégique avec l’installation officielle de son nouveau Coordonnateur Général, M. Luckson Philemond. Dans un contexte national marqué par l’insécurité alimentaire et la fragilité institutionnelle, cette prise de fonction dépasse le simple cadre administratif : elle s’inscrit au cœur des enjeux sociaux et politiques du pays.
Placée sous la tutelle du Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), l’institution joue un rôle central dans le système éducatif haïtien. Créé le 25 janvier 1997, le PNCS constitue l’un des rares filets sociaux à impact direct sur des milliers d’élèves à travers les dix départements du pays. Garantir un repas quotidien, c’est non seulement lutter contre la faim et la malnutrition, mais aussi agir sur la fréquentation scolaire et la stabilité sociale.
Dans son discours d’investiture, le nouveau Coordonnateur général a exprimé sa gratitude envers les plus hautes autorités de l’État, saluant notamment la confiance placée en lui par le Premier ministre et le ministre de l’Éducation nationale. Mais au-delà des formules protocolaires, le ton se voulait résolument politique : culture du résultat, rigueur administrative, transparence et redevabilité ont été érigées en piliers d’action.
Le renouvellement du PNCS, engagé depuis janvier 2024 dans le cadre de la Politique et Stratégie nationales de l’Alimentation scolaire (PSNAS), vise des résultats mesurables à l’horizon 2030. Dans un pays où les ressources publiques sont scrutées et où la gouvernance est régulièrement questionnée, l’insistance sur la bonne gestion et la lutte contre la complaisance résonne comme un engagement fort.
Quatre axes fondamentaux structurent cette nouvelle vision :
La performance et la culture du résultat ;
La rigueur administrative et la bonne gouvernance ;
La transparence et la redevabilité ;
La valorisation du capital humain.
Ces orientations traduisent une volonté de rompre avec les pratiques improductives et d’instaurer une administration orientée vers l’efficacité. « L’indiscipline et la complaisance ne seront pas tolérées », a martelé le Coordonnateur, dans un message qui sonne comme un avertissement autant qu’une feuille de route.
Politiquement, l’enjeu est majeur. Le PNCS n’est pas qu’un programme social : il est un instrument de stabilisation nationale. Dans un contexte de vulnérabilité accrue des familles et de dépendance alimentaire, la promesse d’une gestion rigoureuse et d’une distribution efficace des repas scolaires touche à la crédibilité même de l’État.
Le nouveau leadership s’engage également à renforcer la production nationale à travers l’utilisation prioritaire de produits locaux. Cette orientation, à la fois économique et patriotique, pourrait stimuler les producteurs haïtiens et réduire la dépendance aux importations, tout en consolidant les circuits courts.
Reste désormais l’épreuve des faits car en Haïti, les discours ambitieux se heurtent souvent aux contraintes budgétaires, aux tensions politiques et aux défis sécuritaires. Le succès de cette nouvelle administration dépendra de sa capacité à transformer ses engagements en résultats tangibles, visibles dans les assiettes des élèves et dans la confiance retrouvée des citoyens.
Entre impératif social et exigence politique, le PNCS avance ainsi vers une phase décisive de son histoire. Plus qu’une nomination, c’est une responsabilité nationale qui vient d’être actée.
Lalanne