Nous percevons qu’en Haïti l’éducation est une crise systémique, où les inégalités profondes, l’instabilité politique et la faiblesse des institutions se conjuguent pour freiner l’accès aux jeunes. L’éducation est souvent mise au second plan. Pourtant, Nelson Mandela a dit : « L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde ». Le milieu universitaire en Haïti traverse une période extrêmement difficile. Pour de nombreux étudiants, surtout ceux de l’Université d’État d’Haïti (UEH), accéder à une formation de qualité relève presque d’un parcours de combattant. Les interruptions fréquentes des années académiques, causées par l’insécurité, les catastrophes naturelles ou les mouvements sociopolitiques, rendent le chemin vers un diplôme incertain, long et souvent décourageant.
Notre pays n’a jamais véritablement bénéficié d’un moment de répit. Crises politiques à répétition, catastrophes naturelles dévastatrices, montée de l’insécurité et creusement des inégalités sociales forment un cocktail qui freine tout espoir de stabilité. Dans ce contexte fragile, l’Université d’État d’Haïti (UEH) représentait autrefois une bouée de sauvetage pour des milliers de jeunes issus de milieux modestes. Ne pouvant compter sur des parents ou tuteurs capables de financer des études supérieures coûteuses, ces étudiants voyaient en l’UEH une chance unique de se former, de s’élever et de participer au relèvement du pays. C’était l’alternative accessible, voire la seule option réaliste, pour qui rêvait d’un avenir malgré l’adversité.
L’UEH, malgré ses bienfaits dans le temps, n’a jamais été sans encombre. Comme toutes les institutions du pays, celle-ci fait face à deux nombreux défis structurels. Bien avant que l’insécurité ne devienne un frein majeur pour les étudiants, l’Université d’État d’Haïti faisait déjà face à de sérieux défis en matière d’encadrement. Les infrastructures manquaient de ressources suffisantes, les effectifs étudiants étaient surchargés, et le personnel pédagogique souvent débordé. Beaucoup d’étudiants arrivaient à l’université sans réel accompagnement ni orientation, laissant place à un sentiment d’abandon et de désorganisation. Ni besoin personnalisé ni appui psychosocial, plusieurs se retrouvaient livrés à eux-mêmes, confrontés à un système qui peine à répondre aux besoins spécifiques de chacun. Les interruptions fréquentes des années académiques, causées par l’insécurité ou les mouvements sociopolitiques, rendent le chemin vers un diplôme incertain, long et souvent décourageant.
Ces dernières années, l’UEH a vu son nombre d’étudiants chuter de façon inquiétante. L’une des raisons majeures est le programme de migration humanitaire (pwogram Biden), lancé par l’administration Biden entre 2021 et 2024, qui a offert à beaucoup de jeunes Haïtiens une porte vers les États-Unis. Pour vous donner une idée, en 2020-2021, près de 39 000 étudiants étaient inscrits à l’UEH. Mais dès l’année suivante, ce chiffre est tombé à un peu plus de 22 000, soit une baisse de 43 %. Après une légère remontée en 2022-2023 avec près de 29 000 inscrits, le nombre a chuté à nouveau pour atteindre environ 13 860 étudiants en 2023-2024.
Ce phénomène s’explique par plusieurs facteurs. Il y a l’insécurité qui grandit, les difficultés économiques que vivent beaucoup de familles, mais surtout cette opportunité donnée à la jeunesse haïtienne de chercher un avenir meilleur à l’étranger grâce au programme Biden. Pour beaucoup, partir semble plus sûr, plus prometteur que de continuer les études dans un pays en proie à tant d’instabilités.
Depuis la fin du programme Biden en 2024, le taux d’admission à l’UEH a connu une légère hausse par rapport aux années précédentes, mais il reste en dessous des chiffres d’avant 2021. Cette augmentation modeste s’explique surtout par les capacités limitées de l’université à accueillir un grand nombre de nouveaux étudiants. Les chiffres montrent que, malgré un regain d’inscriptions, l’UEH ne peut pas encore répondre à toute la demande croissante. La capacité d’accueil, les infrastructures et les ressources disponibles restent insuffisantes face au nombre de candidats qui souhaitent intégrer l’établissement.
Ainsi, bien que l’arrêt du programme Biden ait encouragé plus de jeunes à tenter leur chance à l’UEH, les données quantitatives révèlent que l’offre d’admission reste limitée, freinée par des contraintes internes qui impactent directement le nombre d’étudiants acceptés chaque année.
À présent, certaines facultés, comme la Faculté de Linguistique Appliquée, ont été contraintes d’abandonner leurs locaux à cause de la violence armée. Les cours en ligne, proposés comme solution de secours, ne sont pas accessibles à tous, car, l’électricité manque, la connexion Internet est instable, et beaucoup d’étudiants n’ont même pas l’équipement nécessaire. Sur le plan des infrastructures, la situation est tout aussi préoccupante. Certaines facultés fonctionnent sans locaux fixes, ou dans des conditions dégradantes. La recherche qui est censée être le cœur de l’université, est quasiment à l’arrêt, faute de moyens.
La question à se poser maintenant, c’est pourquoi intégrer l’UEH en 2025 ?
Quand on y réfléchit bien, s’inscrire à l’Université d’État d’Haïti en 2025 ne relève plus d’un simple projet d’études, mais d’une véritable réflexion existentielle.
Est-ce que l’UEH a encore la capacité de répondre à mes besoins académiques et professionnels ? Les filières sont-elles actives ? Fonctionnelles ? Encadrées ?
Suis-je prêt(e) à affronter les interruptions dues aux grèves, aux crises politiques ou à l’insécurité grandissante ?
Est-ce que je dispose du courage, de la discipline et de la résilience pour progresser dans un système aussi instable ?
Existe-t-il des alternatives accessibles ? Des opportunités à l’étranger ? Ou même des formations complémentaires à suivre en parallèle ?
Enfin, quelle est la véritable motivation qui me pousse à entrer à l’UEH. Un rêve personnel ou un espoir de contribuer à la reconstruction de mon pays ?
Christnoude BEAUPLAN