Dick Cheney est mort à 84 ans. Un cœur greffé, une histoire lourde. Un homme qui a toujours préféré l’ombre aux projecteurs, sauf quand les décisions prises dans l’ombre embrasaient le monde.
Vice-président sous George W. Bush, Cheney n’a jamais été un second rôle. Il fut l’ingénieur froid d’une Amérique post-11 septembre, l’homme derrière la guerre en Irak, le conseiller qui murmurait à l’oreille du président que la peur justifie l’exception. Un maître d’œuvre silencieux, au service d’un exécutif qu’il rêvait tout-puissant.
Il est mort lundi à Washington, entouré des siens. Pas de panique médiatique, pas d’adieux nationaux théâtraux. Juste une nouvelle, lourde, qui traverse la mémoire politique américaine comme une onde paradoxale. Car Dick Cheney n’a jamais vraiment été aimé. Ni haï à visage découvert. Il a été redouté.
Son nom est lié à des termes devenus synonymes d’ambiguïté morale : «Guantánamo», «armes de destruction massive», «Patriot Act».
Pour certains, il fut le garant d’un ordre républicain solide. Pour d’autres, un artisan cynique de l’instabilité mondiale, le visage technocratique de l’empire. Même la gauche américaine ne savait trop comment le nommer : faut-il haïr l’homme ou la doctrine ?
Dans les dernières années, il avait pris ses distances avec la droite trumpiste. Ironique, pour celui qui avait tant élargi les pouvoirs de la présidence, de voir ses successeurs utiliser ces leviers sans vergogne. Le monstre institutionnel qu’il avait contribué à créer lui a finalement échappé.
Son décès marque la fin d’une époque ; celle où la discrétion cachait la radicalité, où le pouvoir ne tweetait pas, mais bombardait.
Le monde qu’il laisse derrière lui est plus instable, plus bruyant, moins secret. Mais peut-être pas moins brutal.
Et quelque part, entre une guerre qu’on n’a jamais finie et une idéologie qu’on n’a jamais osé nommer, Dick Cheney s’en va. Sans excuses. Sans regrets. Fidèle à lui-même.
Christnoude BEAUPLAN