Au théâtre Paramount de Brooklyn, face à une marée humaine vibrant d’espérance, Zohran Mamdani a prononcé un discours dont le souffle et l’ambition s’imposent comme le point de départ d’une ère nouvelle pour la métropole. Il devient le 111ᵉ maire de New York, frappant par l’histoire comme le plus jeune élu depuis un siècle, et par la symbolique : premier musulman, premier Sud‑Asiatique à la tête de la ville.
Dans une ville bâtie par les migrations, les luttes et les contradictions, son élection résonne comme un retour à l’essentiel : gouverner pour les oubliés, parler avec la voix de ceux que l’histoire avait laissés en marge. Le fils d’un réfugié ougandais, ancien chauffeur de taxi, devenu maire de la plus grande ville des États-Unis ; voilà un récit que seul New York pouvait écrire, et que Mamdani incarne avec une gravité lucide.
Son discours n’était ni performatif, ni lisse. Il n’a pas tenté de rassurer Wall Street ni de flatter les puissants. Il a parlé de loyers intenables, de travailleurs épuisés, de violences policières et de dignité piétinée. Il a promis de faire ce que tant d’autres ont évité : gouverner sans peur, même si cela dérange.
À ses détracteurs, il n’a opposé ni colère ni compromis, mais une vérité brute : « Si vous pensiez que New York continuerait à se courber, vous vous êtes trompés d’époque. » La salle s’est levée, non par automatisme, mais parce que chaque mot sonnait juste, prononcé sans artifice.
Au-delà du symbole, Mamdani arrive avec une stratégie. Il veut bloquer les expulsions locatives, taxer les ultra-riches, faire de New York une ville où l’on peut vivre, pas seulement survivre. Il assume un projet de transformation radicale, au sens noble du terme, prendre la ville à sa racine pour la soigner.
Loin des figures classiques du pouvoir, sa posture est habitée, incarnée, presque poétique par moments. Il ne parle pas comme un maire, il parle comme un homme dont la vie entière a préparé ce moment.
Reste à voir si la ville, souvent cruelle envers ceux qu’elle célèbre trop tôt, lui laissera l’espace de construire. Mais pour l’heure, un frisson circule dans les avenues : quelque chose vient de changer.
Et cette fois, ce n’est pas un slogan. C’est une promesse tenue debout, sur scène, à Brooklyn.
Christnoude BEAUPLAN