Elle n’a plus besoin de se présenter. Rutshelle Guillaume est l’une des rares voix haïtiennes à transcender les frontières, les blessures et le bruit du monde pour dire ce qu’il faut, quand il faut. Et ce mois de novembre, elle revient, armée de 22 morceaux et de tout ce qu’elle a appris, perdu, aimé. Son nouvel album, «12 ERA», n’est pas seulement un projet musical. C’est une offrande. Un souffle long. Une confession.
Il lui a fallu du temps. Trop diront certains. Mais comme elle l’a confié dans un échange intime avec Carel Pedre, «Dieu a décidé autrement». Ce temps d’attente,ceescs de recul, de réécriture, a été celui de la maturité. Et à l’écoute des premières notes, on comprend vite : «12 ERA» est un album de femme debout. Debout, mais pas rigide. Une femme qui a couru, pleuré, guéri, chuté, ri aussi. Et qui, désormais, chante autrement.
Aux côtés de Rutshelle, des voix complices : Wyclef Jean, Jocelyne Béroard, Fanny J, Salatiel, Bamby. Des choix de cœur et d’histoire. Des voix qui, comme la sienne, racontent l’exil, l’amour, la mémoire. Musicalement, elle ose davantage : elle mêle les textures, les langues, les couleurs, tout en gardant son ADN ; ce quelque chose de brut et de tendre qui touche sans crier.
«12 ERA» est le fruit d’un processus lent et habité. On y sent l’évolution. La maîtrise. Mais aussi la volonté de rester proche : proche de son band, le RG Band, qui lui donne une assise scénique palpable, et proche de ses fans, à qui elle semble tendre une main à chaque refrain.
Ce n’est pas un retour. C’est un prolongement. Une continuité assumée. Une artiste en pleine possession d’elle-même, qui transforme ses cicatrices en art et sa voix en refuge. Rutshelle n’a peut-être jamais autant chanté pour elle, et c’est sans doute pour cela qu’elle touche si juste.
12 ERA n’est pas qu’un chapitre musical, c’est un écho de ce que la vie laisse sur le corps et dans la voix. Rutshelle ne signe pas un retour, elle marque une continuité, celle d’une femme en pleine possession de son art, de ses douleurs et de ses élans. Et dans ce monde trop bruyant, où l’essentiel se perd souvent, elle choisit de chanter vrai. Voilà peut-être ce qui fait toute la différence.
christnoude BEAUPLAN