En 2025, la scène musicale haïtienne ne s’est pas contentée d’exister. Elle s’est affirmée, bruyante, multiple, parfois indisciplinée, mais résolument vivante. Dans un contexte où l’espoir semble souvent se faire rare, la musique a continué d’être ce souffle qui traverse les fissures.
D’un genre à l’autre, les artistes ont répondu présent. L’album «Haïti Adorasyon 2025», sorti le 24 juillet, a réuni des voix qui chantent la foi avec une intensité rare. Sept morceaux, plus d’une heure de communion, pour rappeler que la musique d’adoration reste l’un des piliers spirituels du pays.
Mais au-delà des cantiques, la pop urbaine, le konpa modernisé et les influences afro-caribéennes ont envahi les plateformes. Vanessa Désiré a livré Full Package, Pierre Jean son Chef-d’œuvre, pendant que Rutshelle Guillaume, fidèle à son exigence, a proposé 12 ERA, un album pensé comme un chapitre affirmé de sa maturité artistique.
Pourtant, l’éclat de ces œuvres ne masque pas les tensions. Derrière les belles pochettes, les artistes se battent encore pour exister au-delà des frontières numériques. L’industrie reste fragile, les droits mal protégés, les soutiens institutionnels épars. Le clash, qu’il soit artistique ou idéologique, n’est jamais loin.
Là où certains voient désordre, d’autres perçoivent la transition. Une génération d’artistes ose mêler les genres, ouvrir les codes, imposer sa voix dans un monde saturé. Ils chantent la douleur et le désir, Dieu et les cicatrices, les rues, l’exil, les amours qui échouent. Et à travers eux, c’est tout un peuple qui tente encore de se dire.
Si 2025 ne résout pas tous les défis de la musique haïtienne, elle marque un pas de plus vers une affirmation collective. Celle d’un art qui ne demande plus la permission d’exister. Qui avance, entre foi et audace, entre mémoire et avenir.
Christnoude BEAUPLAN