Le Collectif des Universitaires Citoyens (CUCI) poursuit son engagement dans la recherche et la transmission du savoir au sein de la société haïtienne. Pour cette nouvelle initiative, c’est la figure emblématique Madeleine Sylvain Bouchereau qui est mise à l’honneur.
Faute d’un véritable intérêt de la part de certains responsables académiques, plusieurs figures ayant marqué les luttes sociales et politiques de leur pays demeurent encore dans l’ombre. C’est le cas de Madeleine Sylvain Bouchereau, dont le rôle déterminant dans le combat pour les droits des femmes en Haïti reste trop souvent méconnu. Conscients de cette lacune mémorielle, les membres de la 12e génération du Collectif des Universitaires Citoyens (CUCI) ont entrepris un travail de mise en lumière en se lançant dans la rédaction d’un ouvrage consacré à ses écrits, notamment l’œuvre emblématique Haïti et ses femmes.
Sous la direction du professeur Hérold Toussaint, un groupe d’étudiants issus de diverses universités haïtiennes se réunissent chaque année autour d’un thème, d’une œuvre ou d’une figure marquante. Ce travail, qui s’étend sur une année complète, vise à initier ces jeunes à la rigueur de la recherche collaborative tout en leur permettant de se spécialiser sur un sujet précis. À travers lectures, analyses et investigations approfondies, ils construisent collectivement une œuvre originale, reflet à la fois de leur engagement intellectuel et de leur volonté de transmission.
Soucieuse de rendre justice à la mémoire de Madeleine Sylvain Bouchereau, figure incontournable de la lutte pour les droits des femmes en Haïti, la douzième génération du Collectif des Universitaires Citoyens (CUCI) s’est consacrée à l’étude approfondie de son ouvrage majeur : *Haïti et ses femmes*. Ce livre, qui retrace avec finesse la trajectoire historique de la femme haïtienne, a servi de base à une analyse collective et engagée menée par quatre étudiants issus de différentes universités.
Réparti en quatre grands chapitres, l’ouvrage collectif met en lumière, d’une part, le parcours exceptionnel de Madeleine, notamment son engagement dans le travail social, et d’autre part, l’évolution de la condition féminine depuis les sociétés Taïnos jusqu’à l’ère moderne. Les étudiants ont exploré des figures comme la femme dahoméenne, et ont retracé les réalités de la femme haïtienne au XXe siècle. En guise de clôture, chacun d’eux a adressé une lettre personnelle à Madeleine, dans un geste à la fois intime et engagé, affirmant l’actualité de son combat.
Au-delà de la valeur hautement louable du travail des Cucistes qui mettent en lumière des figures marquantes trop souvent reléguées à l’oubli, il serait impensable de passer sous silence l’apport inestimable du professeur Hérold Toussaint. Dans une société où l’individualisme tend à primer, où la quête de reconnaissance personnelle pousse parfois à éclipser l’autre pour mieux briller, il enseigne à ces jeunes la richesse du travail collectif. Il leur transmet non seulement une méthode, mais une vision, à savoir celle d’une construction de savoir fondée sur la collaboration, la solidarité intellectuelle et la reconnaissance mutuelle.
Le projet mené par le CUCI offre une véritable bouffée d’air frais pour la reconnaissance des figures historiques oubliées de la société haïtienne. En se penchant sur l’œuvre de Madeleine Sylvain Bouchereau, ces jeunes chercheurs remettent en lumière une personnalité dont l’impact dépasse largement les frontières académiques. Ce travail collectif rappelle à quel point l’histoire se construit aussi grâce à l’effort partagé, loin des rivalités personnelles qui minent souvent notre société. Comme l’a résumé un participant : « C’est en valorisant nos héros méconnus que nous bâtirons un avenir plus conscient et solidaire. » Cette démarche contribue à redonner une voix à celles et ceux qui ont façonné l’identité haïtienne, tout en inspirant les nouvelles générations.
Une initiative salutaire, à saluer et à soutenir.
Christnoude BEAUPLAN